Non pas un architecte mais quatre bureaux pour transformer la muséographie du MICR. Non pas une célébrité mondiale mais les représentants de courants novateurs, des professionnels qui ne font pas de l’image une fin, mais défrichent des manières de construire en écho aux besoins et aux moyens des gens.

Constructions d’urgence

Shigeru Ban, 56 ans, né au Japon, traite le chapitre de l’exposition permanente consacré au thème «Limiter les risques naturels». Pour organiser cet espace et créer une ambiance organique et chaleureuse, il s’est servi de rouleaux de carton qui forment d’étonnantes colonnes et de tubes en papier, qui permettent de construire des murs et des plafonds efficaces. Il espère ainsi «balayer l’idée selon laquelle le papier est une matière fragile». Remarquant que «les villes à l’âme de béton sont souvent massivement détruites», il dénonce «les préjugés qui blessent et entravent le développement». S’il ne méprise pas les mandats de prestige et s’est récemment signalé pour son Centre Pompidou-Metz, il consacre une grande partie de son temps à des constructions d’urgence au Congo, en Chine et plus récemment au Japon, suite aux dévastations du tsunami de 2011.

Artiste visuel

Gringo Cardia, 56 ans, vit et travaille à Rio de Janeiro, où il poursuit un effort analogue. Architecte-orchestre qui mêle étroitement cinéma et performance, son et design, il se considère aujourd’hui comme un artiste visuel. «Je me sers des images, des lumières, des outils digitaux pour créer des ambiances qui racontent des histoires. Je place les visiteurs en état de choc et d’émotion; à eux de faire leur synthèse. Rien de «pasteurisé» pour développer le thème «Défendre la dignité humaine». Mais, au contraire, des situations difficiles, qu’il faut cependant regarder en face.» Depuis treize ans, cet architecte consacre plus de la moitié de son temps à l’école pour enfants défavorisés qu’il a fondée avec deux autres artistes.

La terre comme matériau

Diébédo Francis Kéré, 48 ans, né au Burkina Faso, établi à Berlin, a commencé par construire une école dans son village natal. Il utilise la terre comme matériau principal – pour le MICR, le béton de chanvre. Chargé du chapitre «Reconstruire le lien familial», il conduit d’abord les visiteurs à travers un parcours de chaînes, puis les introduit dans des espaces d’inquiétude et de douleur, mais aboutit enfin à l’image éclatante d’un Nelson Mandela débarrassé de ses entraves, qui emporte avec lui le grand train de l’Afrique.

Bois ondulé

Les Neuchâtelois de l’atelier Oï, qui ont reçu la délicate mission de réaliser les espaces communs et les transitions, et celle de veiller à l’unité de l’ensemble, ont trouvé, comme leurs collègues, la réponse juste: une scénographie de bois ondulée, dans la tonalité du propos général, éloignée de toute ostentation. Vibrante.