Avec une telle distribution et un orchestre de cette qualité, on ne pouvait rêver meilleure réunion de talents pour servir Haendel. D’abord, un somptueux trio de stars: le contre-ténor Philippe Jaroussky (Radamisto), la contralto Marie-Nicole Lemieux (Zenobia) et la soprano Emöke Barath Polissena). Puis un quatuor vocal éblouissant lui aussi: le baryton Renato Dolcini (Farasmane), la mezzo Anna Bonitatibus (Tigrane), la soprano Alicia Amo (Fraarte) et le ténor Zachary Wilder (Tiridate).

Enfin, le magnifique ensemble Il Pomo d’oro, d’une finesse, d’une vitalité, d’une absolue précision et d’une ductilité de nuances et de couleurs radieuses. Sous la direction charnelle et porteuse de Francesco Corti, les musiciens respirent d’un seul souffle et avancent d’un seul pas, éclairant les voix avec subtilité, et leur tissant un tapis orchestral vibrant.

Inoubliable

On aurait aimé partager cet enchantement sans bémol avec une audience plus large. Mais l’ovation finale dit bien que tant de bonheur musical ne saurait s’arrêter là. Un enregistrement ne peut qu’en prolonger la magie. Radamisto ne court pas les scènes, malgré la grande beauté de ses airs et de ses parties orchestrales. Et son passage au Victoria Hall de Genève en version concert constitue un événement que les heureux auditeurs n’oublieront pas.

Rencontre avec Philippe Jaroussky: «La musique a changé ma vie. Elle m’a transformé, révélé»

Considéré comme le premier opera seria de Haendel, l’ouvrage composé en 1720 déroule des pépites parmi lesquelles le fameux air Ombra cara, à la fois pierre angulaire et socle de la partition. Philippe Jaroussky, dont la voix commence à se détendre doucement sur un vibrato élargi, maîtrise en grand maître l’art de la ligne, du filé et de l’ornementation. Son timbre argenté et sa façon unique de chantourner les mélodies restent inimitables.

L’incarnation et la vocalité

Marie-Nicole Lemieux, aussi passionnée que passionnante, c’est l’incarnation. Le chatoiement de sa voix, qui passe brusquement de l’aigu au grave sans fléchir, et de la puissance à la tendresse avec une énergie renversante, habite littéralement le plateau et entraîne l’auditeur avec elle dans l’intimité de ses tourments.

Quant à Emöke Barath, c’est la vocalité. Son timbre rayonnant et sa pureté de technique passent sans forcer de l’acier à la chair. Son chant incroyablement fluide brille intensément et se dissout dans l’éther. La soprano transforme les nuances en un terrain de jeu sans limites. Elle est la voix même, dans toute sa beauté, ses mystères et sa capacité constante à soulever les émotions.

Pas de seconds rôles parmi les sept solistes en jeu: Renato Dolcini se révèle aussi formidable narrateur que musicien averti aux côtés de la sensible et lumineuse Anna Bonitatibus, de la claire et souple Alicia Amo et de Zachary Wilder, à l’aigreur et à la dureté parfaites pour le rôle de Tiridate. Un pur enchantement, qui a longuement enivré la salle.