Qui pourra se permettre de s'offrir ce Raphaël? Une œuvre du maître italien, invisible depuis plus de 40 ans, resurgit pour être mise aux enchères chez Christie's, sur la place de Londres, le 5 juillet prochain. Le tableau en question réunit deux personnages emblématiques: le plus admiré des peintres de la Renaissance, Raffaello Sanzio (1483-1520), et son sujet, le jeune Lorenzo; celui auquel Machiavel avait dédié son célèbre traité, Le Prince.

Fréquemment confondu avec son grand-père, dit Le Magnifique, Lorenzo di Piero de'Medici, duc d'Urbino, fut le maître de Florence entre 1513 et 1519. Le tableau le montre vif, souriant et somptueux, tenant dans sa main un probable portrait miniature de sa future épouse. Les fiancés, qui ne s'étaient jamais rencontrés, avaient échangé des peintures à leur effigie. Sorte de document diplomatique, cette pièce a été exécutée vers 1517 ou 1518. Elle date donc de la fin de la brève vie de l'artiste et précède de peu la mort de Lorenzo, enlevé par la syphilis peu après la naissance de sa fille, Catherine de Médicis, plus tard reine de France.

Ce portrait avait été repéré dans un inventaire de 1553 des biens de Cosme de Médicis, grand-duc de Toscane. Ensuite, pendant près de trois siècles, plus de nouvelles. Au XIXe siècle, le revoici figurant dans la collection de Lord Northwick puis dans celle du marchand Hollingworth Magniac qui le cède aux enchères pour 567 guinées, chez Christie's déjà! Revendu en 1962 puis en 1968, il appartient depuis à Ira Spanierman. Son attribution à Raphaël, déterminée une première fois au XIXe siècle, a été définitivement confirmée en 1972.

Estimé entre 2,4 et 3,6 millions de francs, le portrait de Lorenzo par Raphaël pourrait s'envoler à un prix encore plus élevé compte tenu de l'échauffement du marché. L'auteur, son caractère historique, sa rareté et aussi sa beauté en font une pièce de musée. Y en a-t-il sur les rangs? On imagine l'Etat italien ou, du moins, Les Offices de Florence suivant l'affaire de près. Mais, bien entendu, rien ne transpire.