L'œuvre de l'artiste britannique Hayley Newman, sous la forme de vidéos, de performances et de photographies, est réellement imbriquée dans sa vie et dans celle de notre société, aujourd'hui. Généralement, les photographies présentées par les plasticiens de la performance et du body art documentent d'anciennes actions. Ici, les images récentes présentées au Centre d'art contemporain de Genève, pour la première exposition de Hayley Newman en Suisse, jouent un rôle perturbateur. Certaines, certes, reproduisent fidèlement des performances «réelles» – mais qu'est-ce qui est réel dans ce domaine? D'autres, appartenant à la série intitulée Connotations, illustrent de fausses performances. Elles sont de la pure fiction, tout comme le texte qui les accompagne, par exemple: «Une année, je fus invitée à donner des conférences sur mon travail. Avant chacune d'elles, je me rendais chez un dentiste et me faisais anesthésier la bouche. Avec ma bouche paralysée, difficilement, je m'excusais auprès des étudiants…»

Les images sont drôles et choquantes, d'autant plus drôles peut-être que les actions n'ont pas, ou pas toujours, été exécutées. L'idée demeure, et la réaction des spectateurs, par photographies interposées. Ce travail intervient à la fois comme une critique, vingt ans après, de l'audace gratuite des performers, et comme un renouveau de cette pratique. La manière avec laquelle Hayley Newman met en scène son corps, sans pudeur, sans amour-propre, ne laisse pas d'impressionner, de même que l'espèce de mythologie qui court derrière les scènes jouées. Si l'art est artifice, c'est bien là un art subtil, qui trompe les sentiments du public et suggère des sensations inédites. Qu'est-ce que cela ferait, disons, de bronzer (ou, mieux, rougir) «à l'envers», en exposant au soleil uniquement les parties intimes de son corps, le reste demeurant caché?

L'autre artiste qui expose pour cette première manifestation conçue par la nouvelle directrice du CAC, Katya Garcia-Anton, s'intéresse également aux décalages, ici entre le nom d'une personne et son identité réelle. Le Valaisan Berclaz de Sierre, dans Les Equivoques, présente les portraits de personnages bien de chez nous, et bien de notre temps, qui portent les noms très connotés de Paul Klee ou d'Alberto Giacometti. L'effet est un peu cruel, entre l'apparence banale et affaissée des modèles et la stature artistique de leurs homonymes.

Hayley Newman. Berclaz de Sierre. Centre d'art contemporain (rue des Vieux-Grenadiers 10, Genève, tél. 022/329 18 42). Ma-di 11h-18h. Jusqu'au 20 avril.