«C’est à la mise en scène que croit d’abord Preminger, à la création d’un complexe précis de personnages et de décors, un réseau de rapports, une architecture de relations, mouvante et comme suspendue dans l’espace. […] Voilà sans doute la définition d’une certaine préciosité, mais aussi sa forme la plus haute et la plus secrète, puisqu’elle ne tient pas à l’emploi d’artifices, mais à la recherche obstinée et périlleuse d’une note jusqu’alors inouïe et dont on ne puisse se lasser, ni se vanter, en l’approfondissant, d’en épuiser l’énigme: ouverture sur quelque au-delà de l’intelligence, qui débouche sur l’inconnu.»

Jacques Rivette,«Cahiers du cinéma» No 32, 1954

«Le regard d’Otto Preminger est un regard «juste». Aux deux sens du mot, l’esthétique et le moral. Dans «juste» il y a «justesse», il y a «justice» aussi. Le mot «justesse» indique une idée de précision, d’exactitude. Pour être exact, il faut être près des choses, les scruter de manière à en apercevoir les contours dans toute leur netteté. Le mot «justice», lui, suppose un certain recul, une égalité d’esprit, une absence de pression, un détachement. Le regard de Preminger dans chaque scène du Cardinal demeure ainsi détaché, mais précis. Il nous donne de ses personnages et de leur destin la vision la plus forte qui soit.»

Jean-Claude Philippe,«Télérama» No 729, 1964

«Nombre de grandes œuvres reposent sur une contradiction. Celle de Preminger repose sur la contradiction de plus en plus sensible entre une volonté d’ordonnance logique et rationnelle et l’exploration d’un monde plus profond, irrationnel et onirique. La coupure de son œuvre, son orientation vers l’analyse des grandes structures sociales, n’est pas aussi tranchée qu’il y paraît et ne doit pas faire illusion. Car tout autant qu’à l’ordonnance rituelle de la justice dans Autopsie d’un meurtre ou du Sénat dans Tempête à Washington, Preminger s’attache à décrire les failles par lesquelles l’irrationnel pénètre et s’installe dans le fonctionnement de la machine.»

Olivier Eyquem: «Dictionnairedu cinéma», Ed. Universitaires, 1966

«Septuagénaire, Preminger revint en 1979 avec The Human Factor, sans doute son meilleur film de sa dernière période. Le roman de Graham Greene lui fournit l’occasion d’une ultime variation sur le thème de l’emprise du passé et des obsessions fatales. […] Dans les meilleurs moments de cette œuvre finale, Preminger retrouvait un certain «secret professionnel» qui avait fait de lui, deux ou trois décennies plus tôt, l’un de nos cinéastes préférés. […] Espérons que sa réputation sortira un jour de ce purgatoire où elle est actuellement reléguée.»

Jean-Pierre Coursodon etBertrand Tavernier: «50 ans de ­cinéma américain», Nathan, 1991

«Selon qu’on sera sensible à la présence ou à l’absence au monde de ces personnages, les films de Preminger paraîtront des romans psychologiques solidement ancrés dans un réalisme documentaire et analytique ou bien des poèmes vertigineux, presque fantastiques, abandonnés progressivement aux puissances délétères de la nuit et de l’autodestruction. Dans les deux cas, la beauté aura surgi, non pas à l’improviste, mais comme la conséquence inévitable d’un contrôle forcené sur la matière. […] Faisant partie intégrante de cette beauté il y a l’étrange respect du créateur pour ses créatures, qu’il examine sous tous les angles pour les rendre finalement insaisissables.»

Jacques Lourcelles: «Otto Preminger », Cinémathèque française, 1993