Au moment où la région de Fribourg connaît une sorte d’âge d’or de l’art religieux, les peintres et les sculpteurs des grandes cités européennes, même s’ils ne sont pas encore les égaux des poètes, ont cessé d’être considérés comme de simples artisans exécutant des ouvrages au contrat comme les orfèvres ou les charpentiers. C’est le résultat d’un combat entêté pour la reconnaissance sociale commencé depuis plus d’un demi-siècle.

Les ateliers existent encore, organisés autour d’un maître dont la signature est une marque, avec des compagnons et des apprentis chargés de la fabrication des matériaux, des ébauches et parfois d’une grande partie de l’exécution. Mais il y a au moins cent ans que les commanditaires exigent l’intervention de la main du maître quand ils peuvent se payer ses services.

Doutes sur l’auteur

A Fribourg, au début des années 1500, il est cependant difficile de savoir qui a réellement fait les sculptures ornant les églises, les chapelles et les demeures. Le maître qui a signé le contrat ou ses aides et ses apprentis. C’est pourquoi chaque œuvre est identifiée du nom de l’atelier d’où elle est sortie. En même temps, il est possible d’observer et de répertorier des caractéristiques assez précises pour que des retables et des statues non signées et non documentées par des archives soient attribués à tel ou tel des ateliers fribourgeois du XVIe siècle. D’abord un style au sens strict, l’expression des visages ou la posture. Ensuite le choix du bois et la manière de le travailler. La recherche de ces caractéristiques est d’ailleurs l’un des plaisirs que réserve la visite de l’exposition fribourgeoise. D’autant plus que cette identification est facilitée par des sculpteurs soucieux de fournir des signes qui leur permettent de se distinguer de la concurrence.

L’atelier Geiler

Ainsi, un grand nombre d’œuvres sont attribuées à l’atelier d’Hans Geiler bien qu’on en connaisse très peu qui sont liées de manière certaine à des documents archivés, des contrats ou des livres de comptes par exemple. Le nom de Geiler est attaché à quelques-unes des plus remarquables sculptures de l’exposition: le Retable de la Crucifixion (vers 1515/1520), un ensemble de taille moyenne extrêmement ouvragé qui est conservé au Musée national du Moyen Age à Paris, celui de la famille Furno (vers 1518) édifié pour l’église fribourgeoise des Cordeliers où il est encore, et la Vierge et l’Enfant (1515/20) qui est l’une des pièces maîtresses du Musée de Fribourg.

Les petits maîtres venus du nord au début du XVIe siècle apportent à Fribourg un art religieux encore marqué par d’anciennes conventions plastiques. Mais cet art commence à pencher vers le nouvel individualisme qui se répand alors en Europe. Il est rare qu’une exposition offre le spectacle d’œuvres homogènes par leurs sujets et par leurs constructions et celui d’une transition stylistique et culturelle, la persistance du Moyen Age au début de la Renaissance.