Pour célébrer son bicentenaire, l’Ecole cantonale d’art de Lausanne (ECAL) s’est offert un saut dans le passé. Elle a troqué pour l’occasion ses locaux de Renens pour organiser sa traditionnelle exposition des travaux des diplômés dans un lieu qu’elle connaît fort bien: l’Espace Arlaud, sur la place de la Riponne. Et pour cause: c’est à cet endroit qu’elle a eu ses quartiers pendant plus d’un siècle, de 1841 à 1964. Une sorte de retour aux sources, donc, afin de souffler comme il se doit sa 200e bougie.

Un lieu particulier pour un anniversaire qui l’est tout autant. Mais ce n’est pas l’unique raison pour laquelle Alexis Georgacopoulos, directeur de l’institution, est enchanté de pouvoir réinvestir cet endroit chargé d’histoire. En montant cette exposition au centre-ville de Lausanne, il compte aussi accueillir un public différent, qui a peut-être moins l’habitude de découvrir les créations de ses étudiants: «L’exposition des travaux de diplôme a tendance à davantage attirer les étudiants ou futurs candidats de l’ECAL, ce qui peut parfois en faire un événement un peu centré sur lui-même. Cette année, nous avons voulu nous ouvrir à la ville et offrir aux œuvres présentées un public plus varié et plus large.»

Prendre le pouls de son époque

L’édition 2021 marque aussi un heureux retour à une certaine forme de normalité. L’année dernière, le public a pu découvrir les créations des étudiants en trois dimensions sur le site internet qui leur est expressément dédié. Même si le dispositif est reproduit cette année, c’est avec une joie non dissimulée qu’Alexis Georgacopoulos et ses équipes ont enfin pu mettre sur pied une exposition physique, après deux années de disette: «Une visite virtuelle peut faire l’affaire d’une certaine manière et on est très fier de ce que l’on a réalisé en 2020 sur ce site web. Mais cela ne pourra jamais remplacer le fait de véritablement sentir les lieux d’une exposition. On a pu le constater lors du vernissage. L’ambiance était vraiment spéciale, on a pu voir que le public était heureux de venir sur place.»

A l’Espace Arlaud, c’est une exposition tout en contraste qui attend les visiteurs. Dans des salles aux parquets de bois grinçants et aux hauts plafonds sont exposées certaines œuvres ultra-contemporaines avec des cartels remplacés par des codes QR. Un bras articulé décomposant une chaussure au look futuriste, des technologies innovantes, mais aussi de la photographie, des arts visuels ou du design graphique. On peine presque à se dire qu’à sa création l’ECAL n’était autre qu’une Ecole cantonale de dessin tant les sections sont aujourd’hui nombreuses et les travaux de diplôme font pour la plupart usage des nouvelles technologies et du numérique.

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Il faut dire qu’entre 1821 et aujourd’hui cette institution a amplement eu le temps de changer et de s’adapter pour être en phase avec son époque. Si cette exposition n’a pas de véritable thématique centrale, les enjeux sociétaux de notre génération semblent traverser presque l’ensemble des œuvres, de l’écologie aux droits des minorités en passant par le féminisme ou le consumérisme. «Enormément d’aspects ont changé au cours des 200 ans d’existence de l’ECAL, que cela soit les matériaux, la diffusion ou la manière de présenter les œuvres, confirme Alexis Georgacopoulos. Mais les thématiques et les façons de les aborder ont également évolué. La problématique de l’écologie par exemple n’est pas fondamentalement neuve, mais aujourd’hui c’est devenu une thématique de fond sans laquelle on ne peut pratiquement pas mettre sur pied un projet.»

Un moment charnière

L’école a également changé sa manière d’enseigner et cela transparaît dans les travaux présentés: «On est passé d’une institution qui vous apprenait à dessiner à une école vous formant à conceptualiser et à présenter de nouvelles choses. L’ECAL enseigne évidemment toujours des savoir-faire mais elle est aussi là pour que les étudiants ouvrent des brèches et trouvent de nouvelles pistes.» Tous les travaux présentés ne sont donc pas forcément aboutis et ce, de manière intentionnelle. Le but est parfois de simplement présenter une idée forte qui pourra par la suite être perfectionnée ou approfondie. Car c’est aussi cela le but de cette exposition: faire le lien entre une formation artistique et le début d’un parcours professionnel. Plus qu’une fin de scolarité, elle représente finalement un moment charnière faisant office de tremplin pour l’après-ECAL.

L’exposition des travaux de diplôme ne sonne que le coup d’envoi de cette année de bicentenaire. Chaque section sera mise à l’honneur à travers différents symposiums et expositions prévus tout au long de l’année tant en Suisse qu’à Venise, Milan ou Paris. Le prochain événement en lien avec les diplômes aura lieu le 3 novembre prochain à la Cinémathèque suisse de Lausanne, où seront projetés les films du bachelor en réalisation. En attendant, c’est une nouvelle volée qui fait sa rentrée cette semaine et continuera d’écrire la longue histoire de l’Ecole cantonale d’art de Lausanne.

«ECAL – Diplômes 2021», Espace Arlaud, Lausanne, jusqu’au 7 novembre.

A l’occasion de la projection des films de diplôme 2021 en réalisation, le 3 novembre à la Cinémathèque suisse, «Le Temps» s’associe au département Cinéma de l’ECAL; à l’enseigne de «Forever Students», un court métrage issu d’un corpus de trente années de création (1991-2021) sera diffusé chaque samedi sur son site, à partir du 30 octobre et durant trente semaines.