Culture

Un road movie début de siècle

Baptiste Gourden, tout juste trentenaire, signe un premier roman bien noir et bien désespéré, en forme de road movie. Peut-être à l’image du temps

Au cinéma, le road movie constitue un périple équivalant à une fuite éperdue vers une contrée idéalisée, au climat agréable. Mais le plus souvent, l’histoire finit mal. Ce genre a migré en littérature, avec plus ou moins de bonheur, renouant en fait, vêtu d’habits neufs, avec le roman picaresque né en Espagne au XVIe siècle. Baptiste Gourden reprend, avec Remington, les principaux éléments du road movie, mais s’amuse à y introduire quelques variations plus ou moins originales.

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A une jeune femme de 20 ans, Remington, fuyant un cauchemar (un gros traumatisme, comprend-on assez vite), l’auteur adjoint un vieil homme de 84 ans, Fédor, fuyant l’impuissance et la solitude. Ils ont fait connaissance par hasard, de la manière la plus triviale, le vieil homme demandant à la jeune femme survivant de ses charmes de bien vouloir lui procurer manuellement un plaisir qu’il ne parvient plus à atteindre. Malgré l’échec de cette tentative, la jeune femme et le vieil homme nouent lentement une amitié, au-delà des codes et des apparences. Elle le tutoie sans façon, il s’entête à la vouvoyer et à s’adresser à elle avec le plus grand respect. Il aurait tendance à lui enseigner les bonnes manières.

Confiance mutuelle

Au lieu de se mettre en route dans une puissante voiture, ou mieux encore à moto, ce couple improbable monte dans la 2 CV à bout de souffle de l’octogénaire, laquelle rend bientôt l’âme, les obligeant à poursuivre le périple à pied. Ils marchent en direction de l’Italie, tendus vers une frontière qui semble promettre le renouveau, mais annonce aussi leur séparation. Le réalisme dans la description reste fidèle au genre. Mais Gourden le pousse loin, vers une espèce de vulgarité. Comme si l’invasion de la pornographie avait dépoétisé l’amour, réduit l’espace de l’émotion et appauvri la manière d’en parler. Le récit est haletant, bien mené, linéaire. Phrases brèves et scènes trash.

Il n’en reste pas moins que Gourden campe deux personnages touchants et cerne bien deux pôles du désespoir contemporain, celui de la jeunesse abandonnée et celui de la vieillesse solitaire. Remington et Fédor se révèlent peu à peu l’un à l’autre, une fille à la dérive, un homme ayant payé cher une erreur de jeunesse, et savourent bientôt la confiance mutuelle, un bien inestimable dans ce monde de brutes. Même si, par la force des choses, et surtout du contrat qui les lie, le provisoire règne en maître.


Roman


Baptiste Gourden
«Remington»
Albin Michel, 251 p.

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