Donation

Un Rodin pour l’avenir du Musée cantonal des beaux-arts de Lausanne

«L’Homme au serpent», petit bronze disparu depuis un siècle, a été offert au musée par un donateur anonyme. On pourra déjà le voir à Paris l’an prochain au Musée Rodin

Cadeau d’autant plus appréciable qu’il est anonyme, L’Homme au serpent offert au Musée cantonal des beaux-arts de Lausanne (MCBA) avait disparu depuis plus d’un siècle. La pièce n’a pas même 70 centimètres de haut pour 55 de large, mais elle est tout en tension, celle que le sculpteur français savait inscrire dans ses sculptures comme nul autre. La tension du désir dans Le Baiser, celle de la lutte contre la mort dans L’Homme au serpent, ce petit bronze offert au musée par un généreux donateur.

L’œuvre n’était connue que par son plâtre, conservé au Clark Art Institute de Williamstown, Massachusetts. C’est ce plâtre qu’avait repéré dans l’atelier de Rodin, en 1885, Antoni Roux, collectionneur marseillais installé à Paris. L’artiste demandera 2000 francs pour le fondre en bronze à un seul exemplaire, selon le vœu de son commanditaire. Ainsi, même si l’on retrouve d’autres luttes avec des reptiles dans l’œuvre de Rodin, ce combat-là resta bien unique.

A Lausanne, il faudra attendre 2019 et l’ouverture du Pôle muséal pour apprécier L’Homme au serpent, aux côtés sans doute des trois autres Rodin, moins uniques, que le MCBA possède déjà, Le Penseur, Le Baiser, et Le Buste de Victor Hugo. Ces trois bronzes sont dans les collections depuis les années 1930. Ils appartiennent au legs Henri-Auguste Widmer. Le médecin avait offert la moitié de sa collection, soit 300 œuvres de grande valeur.

La direction du musée et deux conseillers d’Etat, Anne-Catherine Lyon et Pascal Broulis, étaient réunis mardi pour la présentation de L’Homme au serpent . Car au-delà des plaisirs esthétiques, cette acquisition est bien sûr un atout de plus pour le Pôle muséal, valorisée comme il se doit, comme l’ont été les autres dépôts et acquisitions de ces dernières années.

Il faudra donc attendre pour voir des Rodin à Lausanne. Mais l’an prochain, on pourra admirer ce trésor oublié à Paris dans l’exposition que le Musée Rodin consacrera à La Porte de l’enfer (17 octobre-22 janvier). La sculpture est en effet apparentée à L’Homme qui tombe, une figure qui se décroche et chute du haut d’un des vantaux de ce projet resté inachevé du vivant du sculpteur. Au chant XXIV de son Enfer, Dante écrit: «Je regardais, et voilà qu’un serpent, lancé près des bords où nous étions, pique un coupable à la gorge; et dans un clin d’œil, le coupable enflammé se consume et tombe réduit en cendres.» Le long et épais serpent sculpté par Rodin mord bel et bien la pomme d’Adam de cette figure athlétique modelée dans toute la puissance de ses muscles

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