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Marion Brunet confère à ses personnages une forte présence, on les croirait à côté de nous, nerveux, anxieux, surmenés, transpirant sous le soleil du Midi.
© Phil Haber Photography

Livres

Un roman noir sous le soleil du Midi

«L’été circulaire», de Marion Brunet, est un thriller familial à forte connotation sociale et politique

Marion Brunet aiguise sa plume dans le «secteur jeunesse» depuis 2013, Frangine, roman suivi de quatre autres publications, toujours avec illustrations, aux Editions Sarbacane. Des livres pour des enfants d’âges divers, «dès 8 ans», «dès 13 ans», «dès 14 ans». Cette fois, elle sort de la cour de récréation et publie un roman sans âge d’entrée, même si deux sœurs de 15 et 16 ans y tiennent une grande place. Ça sent tout de suite le drame dans ce roman âpre et sombre, servi par un style pétillant et souvent brillant. Marion Brunet confère à ses personnages une forte présence, on les croirait à côté de nous, nerveux, anxieux, surmenés, transpirant sous le soleil du Midi.

Sacrément aiguisée, la plume de Marion Brunet! L’été circulaire raconte ce qui se passe dans une famille ordinaire, vivant dans une petite ville du Lubéron, lorsqu’une adolescente se retrouve enceinte d’on ne sait qui. Elle ne veut le dire à personne, pas même à sa sœur complice. Les torgnoles du père font enfler ses lèvres sans lui découdre la bouche.

Solidaires face au père

Ce père, Manuel, un maçon aux mains calleuses et à la baffe facile, vit avec son épouse et ses deux filles dans une «maison au crépi rose», emblématique d’un lotissement social périphérique. Elles coûtent cher, les traites de cette maison. Pour les payer chaque mois, il bosse sur des chantiers de villas et de piscines pour riches. Renfermé, frustré, peu bavard, on le sent en permanence sur le point de céder à une éruption de violence. Et quand elle surgit, c’est l’horreur, un déchaînement sans retenue, sans limites, et qui se déverse sur une victime dont le tort principal est d’être Arabe.

Mais n’en disons pas plus, sinon qu’à cette violence paternelle, l’auteure oppose les sentiments de ses deux filles solidaires, certes un peu paumées, mais courageuses, imaginatives et curieuses. La mère, Séverine, fille d’un agriculteur du coin assez opulent, elle-même mariée trop jeune, et qui devient grand-mère à 34 ans, s’accommode tant bien que mal de son destin. Au-delà de l’intrigue bien ficelée, le talent de Marion Brunet s’exprime dans ses phrases au scalpel pour décrire un milieu replié sur lui-même où «ça rit fort et gras», où il vaut mieux être «comme eux» et où un homme de 38 ans peut avoir «l’impression d’en avoir mille».


Marion Brunet, «L’été circulaire», Albin Michel, 266 p.

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