Paolo Sorrentino est l’un des cinéastes italiens contemporains les plus renommés. Il est aussi écrivain, connu à ce titre pour son roman à succès Ils ont tous raison, paru en Italie en 2010 et dont l’édition française est parue en 2011 chez Albin Michel. Ecrit entre deux films, comme il le confiait lui-même à la presse, ce roman remarquable et d’un style très personnel n’avait aucun lien direct ou indirect avec un film. Il n’en va pas de même de Youth, paru peu après le film du même nom. «Après le film, le livre» proclame un slogan affiché sur le livre, tandis que la couverture reproduit une séquence du film.

Deux amis

Sous le même titre anglais, déraciné («Youth», Jeunesse), l’histoire est identique: celle de deux vieux amis, en âge et en amitié, qui se retrouvent chaque année dans un hôtel de luxe des Alpes suisses, dans les Grisons. Le compositeur et chef d’orchestre anglais Fred Ballinger et le cinéaste américain Mick Boyle philosophent entre deux saunas, deux massages, ou allongés sur des lits de plage au bord de la piscine de l’hôtel.

Vieillissement

Grand âge, vieillissement, approche de la mort, bête arrogance de la jeunesse, échec et réussite, les thèmes favoris de Sorrentino défilent sans surprise. Le musicien est en retraite, alors que le cinéaste est en train de tourner, avec une équipe de jeunes scénaristes, son film-testament.

Grotesque

Plusieurs personnages plus ou moins touchants, plus ou moins grotesques, se taillent une place à côté des deux vieux et agrémentent leurs dialogues désabusés. Lena, la fille du musicien, l’acteur hollywoodien Jimmy Tree, un Sud-Américain obèse génie du ballon rond (toute ressemblance…), un étrange couple de Britanniques, Miss Univers, etc. Tout ce beau monde compose une jet-set caricaturée avec une certaine tendresse par Sorrentino, tandis que se jouent des drames dans cette atmosphère feutrée. Oui, semble dire Sorrentino, les très riches sont des êtres humains presque comme les autres, capables de vous arracher des rires et des larmes.

A Venise, de nuit. Sporadiques et irrégulières, sourdes et étouffées, comme remontant du fond de la mer ou de la conscience, affleurent, par instants, quelques brèves notes de guitare. C’est comme une vision qu’on découvre alors. Une vision extraordinaire: la Place Saint-Marc, déserte, envahie par l’acqua alta. Immense avec ses portiques et ses palais inoubliables et un lac rectangulaire qui vient lécher les colonnes.

Dérision

Bien écrit, ce roman est constitué de scènes très brèves, presque des saynètes, qui s’enchaînent comme autant de plans… cinématographiques! Comme son personnage de Fred Ballinger, Sorrentino se révèle un parfait professionnel, investissant ses thèmes favoris avec intelligence, sensibilité, dérision et efficacité. Malgré le talent évident du cinéaste et de l’auteur, sa démarche romanesque s’apparente pourtant ici trop manifestement du bégaiement et de l’enchaînement commercial pour parvenir à dépasser une simple curiosité littéraire.


Paolo Sorrentino, «Youth», traduit de l’italien par Françoise Brun, Albin Michel, 229 p.