Le devoir de mémoire peut-il s’accommoder de l’appât du gain? C’est la question gênante à l’arrière-plan de cette nouvelle adaptation du fameux roman autobiographique de Joseph Joffo, paru en 1973 et aussitôt porté à l’écran par un jeune Jacques Doillon. Pour finir, c’est le faiseur canadien Christian Duguay («Planète hurlante», «Jappeloup») qui a hérité de la chose, voulue par les producteurs d’«Intouchables» et financée par Gaumont et TF1. Une bonne affaire pour tout le monde, et tant mieux si elle rappelle aussi la Shoah à un nouveau public?

Nous revoici donc en 1941, sous l’Occupation, avec ces deux jeunes frères juifs, Joseph (10 ans) et Maurice (12 ans) que leurs parents décident d’envoyer en zone libre pour les mettre à l’abri. Malgré une brève réunion familiale à Nice, ils passeront le reste de la guerre à se cacher pour échapper à la déportation. Alors que Doillon en avait tiré un film sobre et réaliste, Duguay, lui, opte pour l’illustration d’un maximum de péripéties, avec l’approbation d’un Joffo (85 ans) promu conseiller historique.

A l’arrivée, il n’y a pas photo: en allant à l’essentiel, le film de 1975 paraît infiniment plus juste et sensible. Mais les inconditionnels du livre pourraient préférer cette nouvelle version plus «complète», qui se feuillette comme un bel album d’images. Et au-delà d’un certain enrobage nostalgico-patrimonial («La Rafle» et «La Guerre des boutons», même combat), on peut reconnaître à la réalisation un dynamisme assez bluffant.


* Un Sac de billes, de Christian Duguay (France – Canada, 2107), avec Dorian Le Clech, Batyste Fleurial, Patrick Bruel, Elsa Zylberstein, Bernard Campan, Kev Adams, Christian Clavier. 1h50