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Un salon où il faisait bon lire, flâner et rêver

Cette 27e édition misait sur les écrivains et les librairies à thème. La formule a ravi visiteurs et exposants. Elle sera reconduite

La 27e édition du Salon du livre et de la presse de Genève, qui s’est achevée dimanche, a clairement donné un nouveau souffle à la manifestation. Palexpo, qui accueille l’événement et qui en est aussi le propriétaire depuis 2008, testait cette année une nouvelle formule qui, au vu des réactions du public et des exposants, a rencontré un vif succès. 95 000 visiteurs ont fait le déplacement. Elle sera reconduite et encore enrichie pour le Salon 2014.

L’impulsion de faire évoluer le salon, fondé par l’éditeur Pierre-Marcel Favre en 1986, était perceptible l’an dernier déjà, première année de présidence à la tête de la manifestation d’Isabelle Falconnier. Cette année, un palier a encore été franchi dans l’innovation, tant dans la forme (emplacement de l’entrée, des stands, largeur des allées) que sur le fond.

Ce qui a frappé d’emblée les visiteurs, c’est la nouvelle ergonomie du Salon du livre: une entrée située plus en amont, très ample et qui fait accéder immédiatement au cœur de la manifestation; une grande allée centrale qui distribue les visiteurs de part et d’autre de la halle; les points forts de la manifestation (Salon du livre africain; Grande exposition; l’Apostrophe, etc.) placés en périphérie pour inviter à traverser le salon d’un bout à l’autre; la multiplication des scènes de débat (avec, à chaque fois, une équipe de sonorisation et, au terme de la rencontre, les livres des écrivains en pile prêts à être dédicacés).

«Parmi les nombreux retours que j’ai eus de la part des visiteurs et des exposants, la très bonne ambiance de cette édition est revenue à chaque fois», note Adeline Beaux, directrice de la manifestation.

Cette humeur agréable, calme, propice à la flânerie, au partage comme à la concentration, qui a marqué cette édition, tient peut-être sa source dans une décision toute simple: celle d’ouvrir au maximum les stands. «Nous avons abattu les murs qui séparaient les stands entre eux. Et nous avons abaissé le plus possible les cloisons. Nous souhaitons aller encore plus loin dans ce sens l’an prochain, de façon à ce que l’œil du visiteur puisse se porter le plus loin possible», précise encore la directrice.

«Ce décloisonnement a aussi pour effet d’accroître l’esprit collectif chez les exposants. Plus proches les uns des autres, ils développent ensemble un sentiment de responsabilité quant à la qualité de l’accueil du public et quant à la réussite du salon dans son ensemble», constate Isabelle Falconnier.

Ce décloisonnement était notable dès l’entrée, avec le Salon africain (soutenu par la Direction du développement et de la coopération et l’Organisation internationale de la francophonie), qui fêtait ses 10 ans. Recentré sur l’édition et les écrivains africains, ce salon, unique en Europe, a lui aussi gagné en lisibilité. Une grande scène, très en vue, accueillait en continu débats littéraires et de société. Le Prix Ahmadou Kourouma, du nom de l’écrivain ivoirien disparu en 2003, a été remis vendredi à Tierno Monénembo pour Le Terroriste noir (Seuil). Et la librairie attenante, tenue par Maude Bittar (de L’Olivier à Genève), proposait 7000 à 8000 titres de maisons d’édition et d’écrivains africains. Une sélection exceptionnelle.

Les librairies thématiques, autre innovation marquante, sont devenues un des grands attraits du salon. Une idée portée par Claude Membrez, directeur général de Palexpo (LT du 01.05.2013). La Place du Moi (dévolue aux livres de développement personnel), unique en son genre parmi les salons francophones, a très bien fonctionné, depuis les exercices de yoga le matin jusqu’aux rencontres avec les stars du genre comme Lytta Basset et Rosette Poletti.

La Place suisse, dévolue aux auteurs nationaux, présentait une sélection elle aussi enthousiasmante, de la poésie à l’essai avec un vaste choix en format poche. Les ventes ont été deux fois plus fortes qu’escompté par les trois libraires responsables. «C’était quitte ou double. Ce fut le double!» se félicite Françoise Berclaz. D’ores et déjà en réflexion: l’idée de faire voyager le concept dans les différents salons du livre internationaux comme carte de visite de la littérature suisse et du Salon de Genève.

L’affluence était aussi au rendez-vous de la librairie généraliste Trait d’union et de la librairie Bande dessinée gérée par les libraires spécialisés du Crobar à Lausanne.

La formule sera développée l’an prochain. «Ce ne sont pas les idées qui manquent. On imagine déjà une librairie thématique sur le polar, le voyage, les loisirs», explique Claude Membrez. «A chaque fois, il s’agit de créer un espace propice au genre», précise Isabelle Falconnier.

Enfin, les rencontres avec les écrivains sont l’autre axe de ce salon nouvelle formule: 820 auteurs étaient au rendez-vous. Le visiteur pouvait se composer son programme pointu ou populaire, ou les deux; passer de la cuisine (succès inébranlable de La Cuisine des livres avec démonstration et dégustation sur place) au questionnement spirituel; de la lecture poétique au récit de vie.

Parmi les écrivains qui déplacent les foules, Luc Ferry a captivé samedi avec son livre De l’amour; Joël Dicker a été accueilli en héros par une foule aimante; Eric-Emmanuel Schmidt, Guy Bedos, Grand Corps Malade ont attiré large. Tout comme le concert du Nigérian Keziah Jones, vendredi soir.

Dans le registre intimiste, des moments perlés ont eu lieu de bout en bout. Comme la lecture, sur la scène suisse, par le jeune Thilo Krause, Prix fédéral de littérature, de quelques poèmes. Comme l’émotion d’Edouard Kotcherguine, auteur du Baptême des barreaux, à l’évocation des retrouvailles avec sa mère après huit ans dans un orphelinat stalinien; comme la prise de notes appliquées d’une cinquantaine de personnes face à un cuisinier détaillant une recette; comme ce débat sur les ruines de la chrétienté.

Le Salon du livre 2014 aura lieu du 30 avril au 4 mai. C’est d’ores et déjà noté.

A la Place suisse, dévolue aux auteurs nationaux, les ventes ont été deux fois plus fortes qu’escompté

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