Olivier Py non pas en magicien qui tire les fils du spectacle, mais en comédien. Beaucoup s'étaient déplacés vendredi soir au Victoria Hall de Genève. Ils voulaient le voir, l'homme qui fait tant parler de lui ces jours-ci avec sa mise en scène de La Trilogie du Diable au Grand Théâtre. Ils voulaient l'apprécier en chair et en os, le voir manœuvrer dans Manfred de Schumann. Ils n'ont pas été déçus.

Certes, il y a ceux qui ont été rebutés par le ton déclamatoire de Py. Ce sont les mêmes qui voient tout en noir, qui trouvent que le metteur en scène aborde LaTrilogie du Diable en grand sorcier libidineux et manipulateur. Il n'est pas étonnant que Py ait accepté de participer à la résurrection de Manfred. Œuvre rare, qui s'appuie sur le fameux texte de Lord Byron pour en faire un théâtre de l'imaginaire. Œuvre éminemment romantique qui traite elle aussi du spirituel et du dionysiaque, de l'échec d'une quête.

Ni opéra ni musique de scène, cette œuvre est connue avant tout pour son «Ouverture», une page d'une beauté stupéfiante qui condense toutes les névroses de Manfred. Quelques airs et chœurs lui confèrent une veine lyrique, mais pour le reste, c'est le parler qui prime ici. Manfred, le rôle-titre, est entièrement déclamé. D'autres personnages parlent et chantent, dialoguent avec Manfred. L'orchestre fait office de bande-son, dont les passages, plus ou moins inspirés, génialement instrumentés (superbe interlude avant la deuxième partie), accompagnent les états d'âme de Manfred.

Olivier Py plonge tête baissée dans la psychologie du personnage. Son ton, ouvertement voire férocement déclamatoire, impressionne. Jusqu'au bout, Olivier Py aura incarné la démesure du héros byronien. L'Orchestre de chambre de Genève, sous la direction du nouveau chef Patrick Lange, resplendit de sons vifs et ailés. Les chœurs et voix solistes enchantent; seules les reparties au désillusionné Manfred manquent parfois de théâtralité.