Polar

Avec un sombre brio, Petros Markaris clôt sa trilogie de la crise grecque

Dans «Epilogue meurtrier», l’auteur de 78 ans replace son commissaire Charitos dans une Athènes en proie à l’extrême droite, et à ses vieux démons

Dès le début du roman, à Athènes, toute la famille du commissaire Charitos est réunie. Il y a Adriani, l’épouse, toujours aussi critique à l’égard de l’institution policière, et qui tient le ménage familial avec une rigueur accrue par l’aggravation de la crise grecque; Phanis, le beau-fils médecin, qui va devenir central dans le début de l’intrigue; et Katérina, la fille.

La réunion de famille commence dans l’inquiétude, puisque Katérina a été agressé par des brutes émanant de toute évidence de l’Aube dorée, les néo-nazis locaux. Avocate qui s’est mise au service des étrangers sans papiers, la fille du commissaire devient la cible de l’extrême droite, et autour d’elle, les langues se délient pour accuser ces étrangers qui abondent alors que le pays s’enlise et que les salaires fondent, lorsqu’ils sont payés.

Sous pression, étant lui-même menacé, Charitos doit empoigner cette agression qui le touche de près, et qui traduit un certain pourrissement du climat social. Mais ce n’est pas tout. Voici qu’un allemand basé en Grèce se pend, c’est du moins ce qu’il semble. Ensuite, le directeur d’école privée est assassiné. Avant d’autres meurtres. Une mystérieuse organisation, «Les Grecs des années 50», revendique les crimes. Et si le commissaire a quelques ressources pour replonger dans l’histoire nationale, à comprendre par l’oncle communiste, Zissis, il va piétiner longtemps face à cette nébuleuse. Ces «Grecs des années 50» rappellent les anciennes années sombres, la guerre civile et la douloureuse naissance d’une Grèce qui, à présent, tente de relever la tête, tout au moins ne pas ployer encore plus bas.

Retrouver Petros Markaris, c’est goûter à nouveau aux légumes farcis d’Adriani. Arpenter les rues d’Athènes, cette fois avec une circulation plus fluide, heureux effet de la crise qui pousse à rationner l’usage de l’automobile. Mais aussi, ouvrir, avec le même plaisir, le dictionnaire dont le commissaire s’abreuve, et revenir dans cette cité que l’écrivain raconte si bien. Malaxant le passé avec la dureté du présent, l’auteur de 78 ans ne mélange jamais les registres, et construit une fable nationale qui englobe hier et aujourd’hui.

Cet Epilogue meurtrier doit donc conclure la série baptisée «trilogie de la crise», entamée avec Liquidations à la grecque, paru en français, en 2012, lequel a été suivi par Le Justicier d’Athènes puis Pain, Education, Liberté. Le label tient davantage du marketing d’éditeur, car le commissaire Charitos préexistait à ces romans, et le monde tissé par Petros Markaris garde sa cohérence. Au fil des romans, crime après crime, avec son policier calme et efficace, il bâtit une grande œuvre d’Athènes et de Grèce, l’une de ces passionnantes chroniques qui utilisent le ressort policier pour narrer le moment crucial d’un pays, et de petits destins.

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