Mieux qu’une fête. La foire d’art s’est offert, pour sa 40e édition, un spectacle total, original, énorme. Le Tout-Art Basel a participé à cette opération de prestige en accourant au théâtre. Attente frémissante, climat de première et crépitements de flashs à l’entrée de Samuel Keller, ancien directeur de la foire et actuel patron de la Fondation Beyeler, coorganisatrice de l’événement.

L’aventure n’était pas dépourvue de risques. Car additionner les performances de vingt auteurs, tous artistes de premier plan, tous individus aux exigences particulières, est-ce que cela permet de composer un spectacle? Le Group show: Il Tempo del Postino (Spectacle de groupe: le temps du facteur), a brillamment balayé les doutes. Ses curateurs et directeurs, les artistes Philippe Parreno, Anri Sala et Rirkrit Tiravanija, ainsi que le commissaire-vedette Hans Ulrich Obrist, ont su régler la partition avec une extrême précision. En mettant systématiquement en déroute les attentes conditionnées du public, en l’emportant dans une spirale d’étonnements.

Le rideau en velours rouge se lève en exécutant un ballet. Mme Butterfly se démultiplie; quantité de chanteurs se relayent pour entonner les grands airs et les éventails lumineux des cantatrices palpitent un peu partout dans les travées de l’hémicycle. Le public, placé face à lui-même, se regarde dans le décor 1920 du Théâtre de Bâle, grâce au vaste miroir disposé par Olafur Eliasson dans tout le fond de la scène. Un duel de sons oppose spectateurs et orchestre – le Basel Sinfonietta. Dans Stillness, film de Tacita Dean, le danseur et chorégraphe Merce Cunningham, assis, interprète les sons d’ambiance du silence, en mémoire de son ami, le compositeur John Cage.

Le tout est entrecoupé de saynètes plus intimes et allusives; les «Hello Zombies» de Pierre Huyghes exécutent des intermèdes burlesques et trébuchants, le Rat et l’Ours de Fischli & Weiss se tapotent silencieusement le ventre dans un coin du plateau. Et puis survient ce moment insolite où un spectateur se lève, puis un autre et où la salle se vide tacitement et se retrouve dans le foyer du théâtre, emportée dans une succession saisissante de performances sonores.