Quand la tempête souffle au dehors, quand la menace est invisible, quand on se retrouve sous séquestres, quand le tsunami enfle à l’horizon, il faut de solides poteaux d’angle auxquels s’accrocher. Ça tombe bien, j’en ai dans ma bibliothèque. Ils ont été plantés par un certain Henri Michaux, ces Poteaux d’angle. Et, en période de détresse, je reviens inlassablement tourner autour, vérifier leur solidité. Je songe même à m’y attacher bien étroitement pour ne pas être emportée. Se faire «skieur au fond d’un puits».

Il faut un obstacle nouveau pour un savoir nouveau. Veille périodiquement à te susciter des obstacles, obstacles pour lesquels tu vas devoir trouver une parade… et une nouvelle intelligence.

Il faut un obstacle nouveau pour un savoir nouveau. Veille périodiquement à te susciter des obstacles, obstacles pour lesquels tu vas devoir trouver une parade… et une nouvelle intelligence.

Certes, s’accrocher à ces Poteaux d’angle ne console pas. Ce n’est pas le propos du poète. Il tape au contraire, plante, cloue, martèle ses mots. Il décrit le réel. «Prodigieux comme cela fonctionne! Soucis enjambent tout. Des situations solides sont attaquées, déplacées, dévoyées, rétrécies en un instant, l’instant suivant étirées, en un sens, ou en dix, sans poids, sans fond et pourtant faisant buter, mettant tout en objections, renversant, éparpillant, déséquilibrant, faisant se dessaisir de ce qui semblait tenu le plus fermement et le plus naturellement: vie des heures. Les torturants objets du tracas ont pris la place.»