Projet

Un théâtre arraché aux forceps

Lancée en 1987, l’idée d’un nouveau théâtre à Genève n’a cessé d’être différée. Récit d’un gymkhana

La coïncidence est jolie. La Théâtre en Flammes, compagnie de Denis Maillefer est née en 1987. L’année-même de la parution du fameux rapport Langhoff, document marquant qui a conduit au projet de la Nouvelle-Comédie sur le site genevois du CEVA. Ouverture des portes annoncée? 2020, avec, à sa tête, donc, Natacha Koutchoumov et Denis Maillefer, heureux élus du jour.

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Rapport explosif

Le rapport Langhoff? Une publication explosive qui a montré à quel point l’actuelle Comédie est un théâtre charmant, né en 1913, mais inadapté aux exigences internationales. Scène trop étroite, locaux de travail inexistants, hall et foyers inutilement vastes, amphithéâtre inutilisable. Matthias Langhoff ne prévoyait pourtant pas de démolir le bâtiment des Philosophes, mais de le transformer. Le metteur en scène allemand n’a pas été suivi par les autorités et il a fallu attendre 2001 pour que le destin de la Comédie connaisse un nouvel élan.

Association de bienfaiteurs

A cette date, naît l’association de la Nouvelle-Comédie (ANC), composée de comédiens et metteurs en scène romands (Michel Kullmann, Dominique Caton), mais aussi d’architecte (Sandro Rossetti) et de scénographe et techniciens (Gilles Lambert, Michel Faure, etc). Tous fins connaisseurs des rouages fonctionnels d’un théâtre. Leur mot d’ordre est clair: impossible de rénover l’ancienne Comédie, il faut construire un nouveau lieu qui réponde aux exigences européennes. Un plaidoyer auquel ils associent un cahier des charges architectural éloquent.

En 2005, la Ville et l’ANC retiennent la future gare des Eaux-Vives comme site d’implantation, puis en 2008, le Conseil municipal vote un crédit d’étude pour organiser un concours. Lancé début 2009, il sacre en novembre de la même année le projet Skyline des architectes parisiens Laurent Gravier et Sara Martin Camara. Budgétée à 70 millions, l’aventure devait initialement trouver son épilogue en 2016…

Freins à droite

La réalité s’est déroulée autrement. Le budget de construction, déjà, est passé à 98 millions. Mais surtout, alors que le canton s’était engagé à payer la moitié de ce montant à parité avec la Ville, la droite parlementaire s’est rebiffée et il a fallu toute la science de négociation du conseiller d’État PLR François Longchamp pour gagner son camp à ce financement. En janvier 2016, le grand conseil vote un crédit de 45 millions pour financer la construction. Cette victoire a eu un coût. Le canton a d’ores et déjà annoncé qu’il ne financerait pas le budget de fonctionnement, lequel doit pourtant passer des six millions actuels à douze millions pour que la Nouvelle-Comédie ne soit pas qu’une belle coquille vide.

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