Imagine une maison qu’un chat enserrerait de sa queue, et à laquelle on n’accéderait qu’en traversant cette queue – ou s’agit-il de bouées de secours? – dont on suivrait les méandres. Imagine un peu cette maison de maître, devenue un lieu d’exposition, dont les artistes n’hésiteraient pas à percer les parois (vis géantes et personnalisées signées Lucille Uhlrich). Imagine ce chat en bois, fruit d’un magnifique travail de menuiserie, ce chat-corridor, conduisant à un navire chargé de jeunes gens, un verre et une cigarette à la main – du moins le soir du vernissage de cette collective particulièrement ludique et inventive. Imagine enfin l’allure décalée de ce chat aux oreilles pointues et au cœur poignardé…

La manifestation, conçue et réalisée, au cours de deux mois et demi de résidence à la Villa Bernasconi, par Sophie Dejode et Bertrand Lacombe, est un nouvel épisode de la fiction politico-poétique que ce duo d’artistes français a baptisée Floating Land. Chronique du monde flottant à laquelle ont participé, en l’occurrence, des créateurs, artistes confirmés ou fraîchement sortis d’une école d’art, plasticiens (Alexandre Joly, Klat, Harold Bouvard) et écrivains (Noëlle Revaz, Aude Seigne, Pascal Janovjak).

Voyage onirique

L’arrivée du trois-mâts Holey Glory dans le parc Bernasconi, dès le début de l’été, a ouvert la voie au voyage et au rêve. Le visiteur navigue de surprise en surprise, découvrant par une fenêtre un temps de pluie, alors que le soleil brille, pénétrant dans une pièce peu à peu envahie de suie, grimpant au galetas pour y regarder des vidéos. Le thème du trou est en effet vaste, mystérieux et ­déconcertant. Comme le relèvent Noëlle Revaz et Michael Stauffer, on le traite en général en le sondant depuis ses bords, plutôt qu’en l’explorant de l’intérieur, entreprise risquée. Mais le risque ne fait pas peur aux artistes invités!

Le Trou. Sophie Dejode et Bertrand Lacombe invitent. Villa Bernasconi (route du Grand-Lancy 8, Grand-Lancy, tél. 022 794 73 03). Ma-di 12-18h. Jusqu’au 16 septembre.