Le dernier roi d'écosse. Kevin Macdonald (2006). FoxBande originale: anglaise, française (DD 5.1). Sous-titrage: français, néerlandais, arabe.

Jusqu'ici, Kevin Macdonald était documentariste. Auteur, notamment, d'un film remarqué sur la prise d'otages durant les J.O. de 1972 à Munich. Adaptant un roman, il se lance dans la fiction avec ce Dernier Roi d'Ecosse. Œuvre, en effet, fictive, mais qui ne manque pas d'ambiguïtés, ce qui la rend aussi fragile qu'attachante.

Le film suit Nicholas Garrigan (James McAvoy), fraîchement diplômé de médecine en Ecosse. Etouffé par le poids de son paternel, lui-même docteur. Un tour de mappemonde arrêté par un doigt, et le voilà en Ouganda, en 1971, dans un dispensaire tenu par un couple d'Anglais. Il s'approche d'un peu trop près de l'épouse (Gillian Anderson, retour bref mais émouvant). Surtout, le président en place est renversé par Idi Amin Dada (Forest Whitaker), naguère général de l'armée britannique, qui va faire de Garrigan son docteur personnel. Parce qu'il lui a sauvé la vie, pense-t-il, et parce que le jeune médecin est Ecossais. Or, dit le nouveau président, les Ecossais ne sont pas racistes.

De l'espoir, la reconstruction du pays indépendant depuis dix ans, aux horreurs de la dictature, Garrigan ne voit rien. Fasciné et terrifié à la fois par Idi Amin, soûlé - parfois littéralement - par cette position au cœur du pouvoir, greffé de manière littérale sur une culture qu'il ne comprend pas, le docteur ne soigne personne, surtout pas lui. Pis, il devient l'amant d'une des femmes du tyran, l'exposant à une vengeance horrifiante. Au moment où, enfin, il prend la mesure de ce qui se passe, il est sans doute trop tard...

Nicholas Garrigan est un personnage fictif. Les auteurs ont aggloméré plusieurs figures de médecins, effectivement britanniques, que le chef de l'Ouganda avait pris à son chevet. L'un d'eux intervient d'ailleurs brièvement dans un documentaire fourni en supplément, détaillant la paranoïa d'Idi Amin Dada.

Pour tenir son pari, le réalisateur a cru bon de mener son film comme un thriller. On pourrait tenir rigueur de ce détournement du contexte historique au profit d'un suspense presque classique. Mais c'est peut-être le seul moyen qui permettait de rester au plus près de son personnage principal, de son aveuglement face à l'évolution du pays.

Les bonus ne dissipent pas vraiment la nébulosité du propos. Comme Américain, Forest Whitaker dit son trouble face à la stature d'Idi Amin Dada, et comme acteur, son intérêt, presque empathique, pour les facettes du personnage. Une productrice dit son souci de connaître la réaction des Ougandais - le film a été tourné dans le pays -, tout en assumant le parti pris radicalement européen du propos. Kevin Macdonald, lui, éclaire soudain la lanterne du spectateur, en glissant l'idée que le film montre l'attitude des Occidentaux face à la dictature qui a sévi de 1971 à 1979. C'est bien de cela qu'il s'agit. Au reste, le film offre à Forest Whitaker l'occasion d'une prestation stupéfiante.

On suivra avec attention Kevin Macdonald, qui doit réaliser l'adaptation cinématographique de la passionnante série anglaise State of Play. Elle aussi bien ancrée dans son époque, puisqu'elle narre les corruptions à l'œuvre au sein de l'Etat anglais à l'époque de Tony Blair.