Télévision

Un thriller d’espionnage au Palais fédéral

Cet automne, la RTS dévoilera sa nouvelle série, «Helvetica», qui met en scène une femme de ménage travaillant sous la Coupole prise dans un scandale d’Etat. L’occasion de dévoiler les autres nouveautés de la rentrée, dont une couverture très grand public des élections fédérales

Travailler comme femme de ménage sous la Coupole, ça veut dire épousseter des bureaux croulant sous les documents, monter et descendre les escaliers du hall central avec son chariot… et se faire embarquer dans un scandale d’ampleur nationale. C’est en tout cas le scénario d’Helvetica, premier thriller d’espionnage romand proposé dès le 7 novembre par la RTS et dont le théâtre n’est autre que notre Palais fédéral. Ou comment Tina, agente de propreté suisse d’origine kosovare sans histoire (Flonja Kodheli) se retrouve soudainement au cœur d’une enquête géopolitique mêlant leader djihadiste et otages au Yémen…

Signée du Genevois Romain Graf, qui avait déjà réalisé Station Horizon pour la RTS en 2015, et coproduite avec Rita Productions (Ma Vie de Courgette), Helvetica se donnerait presque des airs de Casa de papel, avec les couloirs sombres d’un bâtiment officiel, ses assauts de policiers casqués, ses cellules de crise et ses infiltrés. Les six épisodes d’une petite heure ont pourtant été tournés à Berne – en grande partie dans l’Hôtel de Ville, à défaut d’avoir obtenu les autorisations pour le «vrai» Palais – et en quatre langues: français, suisse-allemand, arabe et albanais.

«Elever le niveau»

C’est le reflet d’une Suisse complexe, multiculturelle, mais cela n’a pas facilité les opérations, avec des acteurs albanophones difficiles à dénicher. Tout comme la trame, ambitieuse, mêlant espionnage et intrigue familiale. Mais la RTS, qui veut rivaliser avec Netflix et les autres grandes plateformes, a mis les moyens. «Deux ans d’écriture, 55 jours de tournage, 97 membres de la production, 67 acteurs et plus de 1000 figurants», détaille le comédien Roland Vouilloz, qui incarne un policier antiterroriste dans la série.

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Directrice du département société et culture, Philippa de Roten confirme: les fictions maison doivent penser grand et viser loin. «Romain Graf, avec sa démarche très esthétique et cinématographique, est de ceux qui parviennent à raconter des histoires ancrées chez nous avec des codes universels. Cette génération de cinéastes de 30-40 ans, comme Bruno Deville sur Double Vie, a grandi avec les séries, intégré les codes narratifs. On arrive à élever le niveau.»

Double Vie avait réalisé de jolis scores d’audience, en janvier dernier, et notamment en replay. «On le sait, les jeunes ne regardent plus les séries en direct, note Philippa de Roten. Contrairement aux téléfilms de l’époque, qui vivaient le temps d’une soirée, l’objectif est aussi de vivre sur le long terme, sur différentes plateformes et dans les festivals, des mois, des années plus tard. Il n’y a qu’à voir Casa de papel, recyclée après avoir été écrite pour la télévision espagnole.»

Amaudruz au supermarché

Cet automne, les multiples facettes de la politique suisse seront dans le viseur de la RTS et, bien sûr, pas uniquement en version thriller. Les élections fédérales occuperont largement l’antenne, avec un florilège d’émissions spéciales distillées jusqu’au point d’orgue du 20 octobre. La plus cocasse, C’est ma Suisse, invitera dix candidats(e) s issus de différents partis et cantons à tâter le terrain. Autrement dit, à rencontrer leurs électeurs, qu’ils soient caissiers, commerçants ou agriculteurs… et à se frotter à leur réalité.

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Par binômes, ils seront ainsi soumis à des défis. Exemple: faire les courses pour un repas pour six personnes avec 20 francs en poche. Ainsi, dans les extraits présentés à la presse mardi, on a pu voir l’UDC genevoise Céline Amaudruz arpenter un supermarché nyonnais, hésitant entre deux melons premier prix – quant à la Verte vaudoise Adèle Thorens Goumaz, quelqu’un la presse de s’occuper du compost. Les images, un genre de Koh-Lanta du citoyen lambda, seront vues en direct par les candidats(e) s et suivies d’un débat piloté par Alexis Favre, les mercredis 28 août et 25 septembre à 20h10 sur RTS Un.

Le «19h30» rafraîchi

Au plus près du grand public, voilà qui semble être le maître mot de cette couverture automnale. Génie suisse sur la route, l’autre nouveauté de la rentrée – à la radio celle-ci –, verra Romaine Morard et toute l’équipe de la Matinale sillonner la Suisse dans un bus électrique au look vintage, du 29 au 30 août puis du 2 au 6 septembre. Destination: sept villes et villages de Suisse romande et du Jura bernois habituellement délaissés – Plan-les-Ouates, Renens, Cernier ou encore Porrentruy. L’émission invitera au micro des acteurs politiques locaux pour tenter de décrypter la diversité des intérêts régionaux. Un théâtre itinérant qui sera aussi celui, plus tard dans la journée, du Journal de 12h30 puis enfin de Forum, en direct d’une place ou d’un café du coin.

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Au fait, la nouvelle formule filmée du rendez-vous de 18h a-t-elle convaincu? Si la question de sa réactivité, potentiellement affectée par les exigences de l’image, a «suscité le débat dans la presse», les premiers retours des panels seraient bons, selon le directeur de la RTS, Pascal Crittin. «Environ 10 000 téléspectateurs suivent quotidiennement l’émission sur RTS Deux en plus de l’audience radio. Il y a un vrai potentiel, note-t-il. Nous allons faire quelques ajustements, notamment au niveau du plateau, et développer davantage les capsules vidéo sur les réseaux sociaux.» Les caméras sont donc là pour rester.

Un peu plus que des ajustements au 19h30, qui s’offre un lifting pour la rentrée. Outre le changement de casting, annoncé cet été déjà – Darius Rochebin en alternance avec Jennifer Covo le week-end, Philippe Revaz en semaine –, le plateau du TJ a aussi été repensé, avec des outils informatiques modernisés permettant l’utilisation de la réalité augmentée, ainsi que de nouveaux éclairages aux tonalités plus chaudes. Tenant compte des remarques du public, las d’un certain formalisme, le 19h30 se veut surtout plus convivial et proche de ses invités. «Il ne s’agit pas d’une grande révolution, car le public plébiscite ces rendez-vous, précise Bernard Rappaz, rédacteur en chef de l’actualité. Mais ces rendez-vous bien installés ont besoin d’évoluer.»

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