Film d’un jeune cinéaste tunisien soutenu par les frères Dardenne, «Hedi» a fait sensation l’an dernier en se retrouvant sélectionné en compétition au Festival de Berlin et en y remportant deux prix, du meilleur acteur et de la meilleure première oeuvre. Sur les brisées de l’attachant «A peine j’ouvre les yeux» de Leyla Bouzid (2015), il s’agit là d’un nouveau récit de libération personnelle qui fait écho au Printemps arabe de 2011. Mais au masculin cette fois, d’où une originalité paradoxale dans un cinéma maghrébin où la cause des femmes est devenue l’emblème du progressisme.

Jeune homme timoré, Hedi vit à Kairouan et travaille sans enthousiasme dans la vente de voitures, laissant sa mère préparer son mariage arrangé avec la jolie Khedija, sa fiancée depuis trois ans. Alors que le mariage approche, par une nuit d’errance solitaire, il tombe pourtant sous le charme de Rim, animatrice dans une cité balnéaire proche. Contre toute attente, cette femme indépendante et plus âgée se laissera séduire. Mais Hedi saura-t-il forcer son destin?

Si cette histoire d’amour est tout à fait universelle, on devine que ses protagonistes sont hautement représentatifs de la réalité tunisienne. Hedi avoue avoir aimé le vent de liberté qui a brièvement soufflé sur son pays mais n’y a pas trouvé l’énergie suffisante pour se libérer du poids des traditions. Celles-ci prennent la forme d’une mère dominatrice, qui a déjà perdu son mari et un fils aîné, Ahmed. Parti vivre en France, ce dernier revient jouer un double jeu typique en aidant à l’organisation du mariage à la gentille et soumise Khedija. Hedi s’accroche donc comme à une bouée de sauvetage à la fière et sensuelle Rim, qui a rejeté ces mêmes traditions pour vivre librement sa vie. Sauf qu’il ne lui dit pas tout et qu’elle doit bientôt partir travailler à Montpellier…

Pâles promesses

Entre l’islamique Kairouan et la touristique Mahdia, la Tunisie devient ainsi le décor d’un terrible drame existentiel. Filmée en format large, avec ses journées écrasées de soleil et ses nuits peu éclairées, elle révèle ici un potentiel de solitude inédit tandis qu’en filigrane transparaît une grave crise économique (les ventes et les nuitées se font rares). Et puis, il y a aussi les aspirations artistiques secrètes de Hedi, dessinateur doué et auteur à ses heures d’une BD fantastique. Mais alors que tout semble en place pour un film mémorable, la forme ne suit pas.

S’appuyant sur trop de plans à la caméra portée dans la nuque de son protagoniste, le nouveau style international du «film de festivals» (qui doit beaucoup aux Dardenne) paraît bien limité en regard de la puissance expressive de films comparables des années 1950 («Eté violent» de Valerio Zurlini et «Les Chemins de la haute ville» de Jack Clayton viennent à l’esprit). Et malgré son prix, le jeune acteur manque de consistance, même si on a plaisir à le voir sortir enfin de sa léthargie bougonne. Pour finir, c’est comme si le film lui-même n’osait pas s’envoler, restant avec son héros pâlichon confronté à un avenir incertain: celui d’un cinéma d’auteur en sursis, toujours dépendant de ses soutiens européens.


** Hedi – Un vent de liberté (Inhebbek Hedi), de Mohamed Ben Attia (Tunisie – Belgique – France, 2016), avec Majd Mastoura, Rym Ben Messaoud, Sabah Bouzouita, Omnia Ben Ghali, Hakim Boumessaoudi, Arwa Ben Smail. 1h29.