C’est l’œuvre dont tout le monde parle et c’est probablement celle qui synthétise à la perfection l’air du temps qui traverse l’exposition Lemaniana. Dans La Vie est une fête (2021), vidéo hypnotique de 28 minutes réalisée dans l’urgence d’une pandémie sans fin par Oélia Gouret et Lucas Ballester, il est question de tout ce qui frappe la jeunesse depuis plus d’un an: l’interdiction de se rassembler, de ressentir, de se toucher, de désirer.

Entre docu-fiction et vidéo montée-filmée sur smartphone (et en vérité calculée au millimètre), des corps anonymes dansent coûte que coûte tandis que s’égrènent des voix qui racontent leur rapport à la fête, mais aussi à la situation générale – sécuritaire et écrasante. «Il y a une pression morale à faire ou ne pas faire la fête», explique ainsi en off la voix d’une jeune fille par-dessus les images, projetées en direct dans une free-party, de l’annonce du confinement français de novembre dernier. «Je pense qu’il faut considérer cette affaire de covid comme un traumatisme dans nos relations et dans nos manières de faire corps avec les autres. Vivre des réjouissances collectives et ponctuelles, ce n’est pas juste s’arracher la tête sur de la techno: ça a une importance politique immense», ajoute-t-elle.