L’affiche ressemble plus au flyer d’une soirée dans un squat qu’à l’annonce d’un événement dans un musée. Elle est en noir et blanc, et on y voit une série de personnages qui semblent émerger d’une nuit blanche confier leur message à des panneaux de manifestation tout dégoulinant d’encre: «Ici vous allez trouver ce que nous cherchons». Cette phrase énigmatique titre l’exposition d’Augustin Rebetez, Noé Cauderay et Giona Bierens de Haan «au très respectable Centre Dürrenmatt», comme le précise encore l’affiche. En fait, les trois jeunes artistes – ils sont tous nés dans les années 1980 – proposent simplement de découvrir leurs bricolages ingénieux, leur cheminement poétique et recycleur.

Oui, c’est bien un rendez-vous sur un chemin de l’art quelque peu buissonnier que propose ce trio gentiment décoiffant. Un trio, mais pas vraiment un collectif. Chacun invite les autres à jeter un œil à ses inventions, à y apporter sa contribution, même, mais les œuvres restent clairement revendiquées par les uns ou les autres.

Augustin Rebetez et Noé Cauderay, tous deux formés à la photographie à l’Ecole de Vevey, collaborent depuis 2009. Clairement, la seule photographie ne suffit pas à leur imagination jamais au repos. Pourquoi se contenter de cadrer le réel quand on peut l’animer? Ainsi, l’exposition neuchâteloise reprend la vidéo Maison, un délire absolu de stop motion, cette technique qui consiste à créer du mouvement en faisant se succéder des photographies à un rythme très rapide. La technique est certes d’usage plus aisé aujourd’hui que dans les années 1930, quand on l’utilisait par exemple pour les effets spéciaux de King Kong. Mais peu importe, l’effet reste saisissant quand il permet de faire vivre les objets les plus communs, clés ou bouteilles de gaz, d’une maison à l’abandon. Sans compter toute une série de maquettes, de la cabane au gratte-ciel, qui se transforment à vue, se peuplent et se dépeuplent de petits êtres noirs. Ici, la photographie n’est qu’un outil parmi d’autres. On coupe, on colle, on dessine, on peint, on écrit, on anime, le principal est que ça bouge.

Un nouveau triptyque vidéo procède d’une même capacité à investir objets et matières d’une vie propre. On y retrouve aussi la même esthétique un peu trash. Ici, rien n’est lisse, propre, neuf. Les objets ont vécu, comme ces vieux combinés de téléphones noirs en chorégraphie sur un carrelage à damier. Et qu’importe la poussière.

Même esthétique recycleuse avec les grands cartons, récupérés à la décharge et peints de mots en noir et blanc, à découvrir en cascade poétique dans la cage d’escalier. Cette stratégie graphique et picturale est orchestrée par Augustin Rebetez, qui aime autant les mots que les images, et peut-être plus encore leur alliance. On le voit une nouvelle fois dans la série de dessins, tirés en sérigraphies, que l’artiste a réalisés lors d’un récent séjour au Japon. Son père, l’éditeur et écrivain Pascal Rebetez, lira d’ailleurs ses textes lors de la Journée des musées, le 19 mai prochain.

C’est le nouveau venu du trio, Giona Bierens de Haan, tout récent diplômé en architecture de l’EPFL, qui occupe le centre de l’exposition avec une fabuleuse machine à la Tinguely. Mais chez lui, le bois, récupéré bien sûr, est prépondérant et les invitations à prendre possession de cet engin hétéroclite, à pousser, à tirer sur les leviers, à pédaler pour connaître son avenir (mais si!), se multiplient. L’artiste a mis de l’âme, du cœur aussi dans cette pièce pleine de surprises, mais c’est au visiteur de les réveiller.

Pendant qu’il essaiera d’en faire le tour, le visiteur entendra sans doute un miaulement. Il vient d’un chat noir, animal de sorcière aux yeux verts, installé à côté d’une grande pendule au fond de l’exposition. Tout près, une série de poupées de céramique et une araignée cohabitent dans les compartiments d’une boîte. Mais aucun mauvais sort en vue. De temps à autre, l’animal étend ses pattes et ronronne. On en profitera pour ouvrir la porte de l’horloge et découvrir une série d’escaliers labyrinthique à la Piranèse.

Le labyrinthe était le thème imposé par Janine Perret Sgualdo, directrice du Centre Dürrenmatt, aux artistes. Un thème qui, de fait, habite le travail du trio en permanence. Deux autres expositions sur le labyrinthe suivront. Après les artistes émergents, place à Klee, Picasso et autre Masson sur le thème du Minotaure, en décembre, et à l’artiste brut Armand Schulthess, en juillet 2014. Un programme diversifié, très en phase avec l’œuvre de Dürrenmatt.

Ici vous allez trouver ce que nous cherchons, Centre Dürrenmatt, Neuchâtel. Me-di 11h-17h, jusqu’au 23 juin. www.cdn.ch

On coupe, on colle, on dessine, on peint, on écrit, on anime, le principal est que ça bouge