Le cinéma turc, qui compte 40films par an, se personnifie toujours au-delà de ses frontières autour d'un seul réalisateur. Dans les années 70 et 80, ce fut Yilmaz Güney, Palme d'or à Cannes en 1982 avec Yol. Puis c'est Nuri Bilge Ceylan qui, au tournant du millénaire, a repris le flambeau. Grand Prix du Jury en 2003 pour Uzak, Prix de la presse internationale en 2006 pour Les Climats, cet ancien universitaire, ingénieur en électronique et photographe, revient sur la Croisette pour la troisième fois, avec Les Trois Singes.

Dans ce film sublime qui lui vaudra certainement un prix, Ceylan maîtrise une nouvelle fois tous les éléments, de la nuance d'un nuage qui passe aux ridules aux coins des yeux de son actrice et coscénariste fétiche, sa femme, Ebru Ceylan. Il explore surtout un tourment vertigineux: celui d'une famille détruite peu à peu après que le père, chauffeur d'un homme politique, accepte de se faire condamner à la place de ce dernier pour avoir écrasé un piéton. Durant son année de prison, le fils du chauffeur remarque que sa mère tombe amoureuse d'un autre homme: le politicien en question...

Coproduit par la France, Les Trois Singes est une pure merveille visuelle et sensorielle. La qualité de l'image (numérique), le piqué des visages, le sens du cadre et l'étalonnage des couleurs sont l'œuvre d'un ingénieur. Mais d'un ingénieur qui, après avoir démonté et remonté des circuits électriques, a trouvé la recette pour faire de même avec nos cœurs.