Classique

Un violon sur... «Le Temps»

L’archet vif et sensible d’Alexandra Conunova vient chanter pour un concert à la rédaction lausannoise du journal. Présentation d’une artiste sincère et généreuse

Elle a une voix et un regard d’enfant. Mais le ton assuré et joyeux de qui connaît et assume parfaitement ses priorités. La jeune violoniste moldave Alexandra Conunova, au visage si lumineux et au jeu si intense, sera l’invitée du Temps le 21 août avant de rejoindre l’affiche du Septembre musical le 6 septembre.

Le festival vaudois de fin d’été est dédié cette année aux œuvres, compositeurs et artistes russes ou de l’Est. Repris tout récemment par Mischa Damev, aussi programmateur des concerts classiques du Pour-cent culturel Migros, ce rendez-vous aujourd’hui thématisé prend une direction qui enchante la jolie et talentueuse trentenaire.

«Je suis très heureuse et honorée de participer à cette première programmation du nouveau directeur. J’étais déjà venue à deux reprises à Montreux à l’occasion de la venue du festival de Verbier qui y programme ses jeunes musiciens. Martin Engstroem, le directeur de la manifestation valaisanne, m’a beaucoup aidée. Et Mischa Damev me fait actuellement une belle confiance. J’ai une grande chance d’être si bien entourée.»

Conseils de Capuçon

Comment et pourquoi cet archet montant de la jeune génération s’est-il donc installé à Lausanne avec mari et enfant? Un choix déterminé, comme tous ceux que la jeune femme fait, par l’affect et l’enthousiasme. «Lors du Concours Tibor Varga de 2010, où j’ai remporté le 2e prix puisque aucun premier n’avait été décerné, j’ai rencontré le manager de l’orchestre de chambre du festival de Verbier qui accompagnait les finales. Nous sommes tombés amoureux, nous nous sommes mariés et avons eu un enfant avant de nous installer à Lausanne il y a trois ans.»

Alexandra Conunova choisit de faire son master dans la toute nouvelle classe de Renaud Capuçon à l’HEMU. «J’ai une grande admiration pour lui, avec qui je partage des valeurs musicales et humaines communes. C’est une figure centrale dans ma carrière. Sans lui, ses conseils, son enseignement et ses contacts, je n’en serais probablement pas là. J’apprécie son élégance, sa concentration et sa fabuleuse énergie. Il m’a notamment permis de jouer avec Gianandrea Noseda, à Gstaad ou à Aix-en-Provence, et j’ai pu entrer dans la même agence que lui. Il est un grand exemple professionnel et personnel. Loyal, organisé, pragmatique, partageur et sensible.»

Cadres indispensables

Le violon est un instrument très exigeant. Le piano ou un autre support aurait tout aussi bien pu lui plaire. «Je remercie chaque jour ma mère d’avoir insisté. A l’époque, dans les pays de l’Est, les enfants n’avaient pas voix au chapitre. Si les parents décidaient, les petits obéissaient. En tant que mère aujourd’hui, je trouve qu’on les écoute trop, alors qu’ils n’ont pas les capacités de savoir ce qui est bon ou pas pour eux. Les cadres, sans dureté, sont indispensables.»

Le déclic solistique, c’est plus tard qu’il arrive. «J’ai été cheffe d’attaque à l’OCL pendant huit mois. Un jour, nous avons accompagné Isabelle Faust. J’ai été tellement touchée par ce qu’elle transmettait que j’ai su que ma vie serait d’être soliste. J’ai donné ma démission pour entamer un parcours professionnel dans ce sens.»

Six ans plus tard, sa décision lui a donné raison. On se l’arrache partout, sur les plus grandes scènes du monde, avec les musiciens les plus prestigieux. A Montreux, elle donnera le Concerto de Tchaïkovski avec Mikhail Pletnev à la baguette de l’Orchestre national de Russie.

Franchir les barrières

Jouer pour Le Temps n’a, à ses yeux, pas moins d’importance. «Il est essentiel pour moi de transmettre l’émotion musicale avec tous, de créer des liens et d’élargir le cercle de connaissances. J’ai créé une fondation de charité en Moldavie, Artavie, qui porte la musique auprès des enfants autistes, dans les internats, les hospices et hôpitaux. Je n’ai pas peur de franchir les barrières.»

«Jouer pour de nouveaux publics, mêmes restreints, me donne beaucoup de plaisir. Grâce à mon coach, Eduard Wulfson, qui est devenu un véritable père spirituel pour moi, et à mon Guarneri del Gesù «Von Vecsey» de 1730, je suis heureuse de pouvoir faire rayonner la musique partout où je peux.»

Les pièces à son programme lausannois? «Elles sont encore à définir, en fonction de la disponibilité d’autres musiciens, à cette époque très chargée en festivals, et de la logistique du moment.» Une surprise, attendue, donc…


Festival du Septembre musical, du 1er au 9 septembre (renseignements au +41 21 962 80 00).

Concert dans les locaux du Temps, pont Bessières 3, mercredi 21 août à 18h (inscription sur notre page Événements).

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