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Œuvre d’Anna Zemánková, entre 1975 et 1980, stylo à bille, crayon de couleur et gouache, collage et broderie sur papier.
© Marie Humair (AN)/ Collection de l’Art Brut

Exposition

Un voyage en pays imaginaire

Les fleurs inouïes d’Anna Zemankova contrastent avec les cartes peaufinées par Michael Golz. Une visite à la Collection de l’art brut

Il est des créateurs, comme Michael Golz, dont la production, sans parler du parcours de vie, atteste immédiatement leur appartenance à l’art brut. Et d’autres dont on s’étonne de voir figurer leur travail dans un musée dédié à cet art tout de même très particulier. C’est le cas d’Anna Zemankova, dont les formes magnifiques, exécutées au pastel et à l’aide de divers autres médiums, comme l’encre, le collage, la broderie et le gaufrage, rappellent celles de la plasticienne américaine Georgia O’Keeffe.

Les deux femmes sont mortes la même année, et on sent la même inspiration florale, même si dans le cas de l’artiste morave toute référence à quelque plante précise se voit soigneusement évitée, comme le même mystère baigné de sensualité qui fait le pouvoir de séduction de l’œuvre. Les deux expositions actuellement visibles à la Collection de l’art brut jouent donc sur le contraste, et offrent un intérêt distinct.

Au dire même de ceux qui se penchent sur son travail et l’exposent, la version d’un pays imaginaire concoctée par l’Allemand Michael Golz se révèle en soi peu esthétique, les dessins dénotant un trait imprécis et un coloriage appliqué. Le voyage incroyable qui nous est proposé tient plutôt dans la méticulosité de l’entreprise conduite par le dessinateur à partir de son adolescence.

Depuis lors, Michael Golz peaufine le récit en images qui nous raconte la vie quotidienne au «pays d’Athos», ses charmes et ses dangers, ses habitants ordinaires, les robots qui les aident, les créatures malfaisantes qui les tourmentent et leur compliquent la vie. Une salle tapissée d’une carte géographique élaborée par l’artiste morceau par morceau, permet de se promener dans ce drôle de pays, où l’on tend à perdre ses repères.

Une complexité qui attire

Tout autre est le sentiment que l’on éprouve dans les salles réservées aux images, d’une exécution raffinée et très maîtrisée, d’Anna Zemankova (1908-1986). Au lieu de la notion de perte, les visions d’une artiste que son art a comblée, et dont l’œuvre nous comble à son tour. Plutôt que le solipsisme, l’idée du don et du partage, et une complexité qui, loin de rebuter, intrigue et attire.

Cités dans le catalogue, plusieurs auteurs ont évoqué, souvent sur le mode lyrique, les grands dessins colorés et les miniatures de la créatrice d’origine tchèque. Empêchée dans son désir d’étudier les arts, celle-ci a d’abord exercé le métier de prothésiste dentaire, elle s’est mariée, a eu des enfants – la fertilité et la maternité sont l’un des thèmes de l’œuvre.

Des pertes, la maladie (le diabète et des phases dépressives), les encouragements de ses fils, dont l’un est sculpteur, ont ramené cette «Mater dolorosa» à la pratique du dessin, comme l’explique Terezie Zemankova, qui signe un essai sur l’œuvre de sa grand-mère. Une pratique vite assidue, patiente et particulièrement inventive, tant sur le plan formel que relatif aux techniques.

Influences multiples

Au fil des décennies, l’œuvre évolue, ce qui est aussi le signe d’un art inspiré. Influencée par les manifestations de l’Art nouveau, abondantes dans sa région, ainsi que par la culture populaire – mais un titre rend également hommage à Picasso –, Anna Zemankova élabore des formes sinusoïdales d’une parfaite élégance, qui évoquent tant le cosmos que l’infiniment petit, l’eau que le feu, l’animal que le végétal.

Ces motifs hybrides ressortent sur des fonds soigneusement préparés, modulés, mouchetés, parfois perforés et mués en lumineuses dentelles. Le geste est patient, si le mouvement est dynamique: sa petite-fille évoque une «créatrice pointilleuse», dont certains travaux portent des points et des hachures qui se comptent par dizaines de milliers.

Vu la richesse de la production, on se demande quand la dessinatrice a trouvé le temps de la réaliser. Réponse: à l’aube, en écoutant la musique de Beethoven et de Janacek.


«Michael Golz – Voyage dans le pays d’Athos», Collection de l’art brut, Lausanne, jusqu’au 1er octobre. «Anna Zemankova», jusqu’au 26 novembre.

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