Funeste mardi 7 janvier: ce soir-là se terminera sans doute, avec sa dernière projection au cinéma alternatif lausannois Zinéma, la carrière romande des Larmes du Tigre noir. Comme, il y a quelques mois, dans le cas du film indien Lagaan, avec qui la vague annoncée de Bollywood en Suisse a commencé et s'est terminée aussitôt, les cinéphiles n'auront pas non plus le temps d'aborder le renouveau du cinéma thaïlandais, dont ce Tigre noir est issu.

A de trop rares exceptions près, les marchés américain et français, privilégiés par les distributeurs suisses, ne laisseront pas de sitôt passer d'autres productions de Thaïlande, pas plus qu'ils ne poursuivront l'exploration de l'Inde. La demande des multiplexes l'impose, elle qui consiste davantage à présenter vingt fois le même film plutôt qu'à proposer une offre diversifiée ou une découverte de temps en temps. Telles ces Larmes du Tigre noir, épatant western spaghetti à la trame congrue (un Roméo et Juliette rythmé par les détonations des six-coups), mais à l'esthétique qui dépasse l'entendement: hommage aux vieux films de genre colorés pastel et or, exactement comme si Pierre & Gilles avaient servi de conseillers visuels. Virtuose parmi ce qu'il est convenu d'appeler sans pouvoir la vérifier en Suisse une «nouvelle vague siam», Wisit Sasanatieng signe en effet, en guise de premier film, un ovni à la convergence de mille influences. Cet ancien des Beaux-Arts de Bangkok, aguerri à la mise en scène grâce de nombreuses publicités, avait réjoui les amateurs de 34e degré lors du Festival de Cannes. Il lui reste quatre jours pour renverser les spectateurs romands.

Les Larmes du Tigre noir (Fa Talai Jone), de Wisit Sasanatieng (Thaïlande 2000). Au Zinéma à Lausanne jusqu'au 7 janvier (sauf lundi 6).