Mo s’est fait serrer le jour où elle a chouré un perroquet: la queue de l’oiseau dépassait du sac. Albert et Rhino ont fait les pignoufs sous l’emprise de la boisson. Le cas de Robbie est plus grave: sa récidive d’actes de violence aurait pu lui valoir la prison ferme.

Les quatre losers se retrouvent astreints à des travaux d’utilité collective. L’éducateur, un bon gars, emmène les kids visiter une distillerie de whisky. Robbie, à qui la vie n’a jamais fait de cadeau, y a la révélation d’un don: son odorat et son goût subtils lui permettent de distinguer les purs malts. Apprenant qu’un fût de whisky extrêmement rare va être vendu aux enchères, Robbie et ses Pieds Nickelés enfilent un kilt et, ainsi déguisés en Ecossais, partent prélever la part des anges au cours d’un casse, genre Mission: Impossible au Bricoville.

La Part des anges est une comédie, genre inattendu de la part de Ken Loach, dont le réalisme social, sauf exception (Riff-Raff), s’accommode mieux de la gravité. L’année passée, le nombre des chômeurs anglais a dépassé le million. Le cinéaste, par «pur esprit de contradiction», a choisi d’en rire. En imaginant que l’alcool peut être une planche de salut pour les sans-emploi. En faisant du whisky, boisson nationale écossaise attachée à une idée de richesse, un outil d’intégration sociale…

Un riche idiot

Au festival de Cannes, où La Part des anges a remporté le Prix du jury, dans le décor fort peu loachien d’une plage fraîche, Ken Loach et son fidèle scénariste, Paul Laverty, reçoivent un groupe hétéroclite de journalistes. Les questions fusent dans tous les sens. On évoque Paul Brannigan, le jeune non-professionnel issu des quartiers défavorisés de Glasgow, qui a eu la chance de décrocher le rôle principal – «Non, c’est nous qui avons eu de la chance…», rectifie le cinéaste. On discute de l’éventualité de sous-titres anglais pour traduire le slang écossais, mais Paul Laverty rappelle qu’il ne comprend pas tout dans les films américains…

La Part des anges emprunte au cinéma hollywoodien la structure du film de hold-up et raille l’Amérique à travers la figure du béotien acquérant pour plus d’un million de livres le fût de Malt Mill que les anges ont complété d’une rasade de Glenprisunic. Film moral? «Il y a un crime sans victime, estime Ken Loach. L’acheteur est floué, mais il n’a pas tout perdu. Il lui reste les bouteilles, le statut social. Il est comme le bourgeois gentilhomme de Molière. Un idiot avec de la fortune.» Et Américain, comme par hasard. «Oui, mais riche», nuance Laverty. «Il aurait aussi pu être un oligarque russe», concède Loach.

Une question engagée pour finir: comment font Ken Loach et Paul Laverty pour entretenir leur colère contre le système? Les deux complices éclatent de rire: «Ce n’est pas difficile! Il suffit de regarder autour de soi! C’est le contraire qui serait difficile…»

VV La Part des anges (The Angels’Share), de Ken Loach (Grande-Bretagne, 2012), avec Paul Brannigan, Jasmin Riggins, 1h46.