Cinéma

«Under the Silver Lake» plonge sous la surface du rêve californien

A Los Angeles, un jeune oisif enquête sur la disparition d’une voisine et débusque nombre d’inquiétantes bizarreries. Ce film assume plaisamment son hermétisme

Sam est un branleur qui s’assume dans tous les sens du terme. Il passe ses journées à ne rien faire, ou à mater les seins nus de la voisine depuis le balcon ou à honorer une copine sous le poster de Kurt Cobain. La disparition soudaine d’une jeune voisine éveille en lui une vocation de détective.

Under the Silver Lake prolonge une longue tradition policière inscrite dans la Cité des Anges, qui mène de Chinatown à Inherent Vice et autres films noirs révélant diverses figures du mal (occultisme, magouilles financières, réseaux de prostitution, arnaques immobilières) tapies sous la surface paisible des choses. La musique sinueuse et les décors évoquent dans un premier temps le Hitchcock de Fenêtre sur cour ou Vertigo, mais c’est bien vers l’inquiétante étrangeté du Mulholland Drive de David Lynch que tend David Robert Mitchell (It Follows) – sans y arriver, naturellement.

Tueur de chiens

Entre deux fêtes décadentes à souhait, Sam s’initie auprès d’un auteur de comics paranoïaque au mythe du baiser de la chouette, se lance dans des jeux de piste extravagants, cherche les messages subliminaux dans les chansons… En plus, un tueur de chiens rôde. Les poches vides, la tête dans les nuages, puant depuis sa rencontre avec une mouffette, Sam traverse Los Angeles à pied, cuve sur la tombe de Janet Gaynor, découvre que la ville est minée de tunnels souterrains et finit par rencontrer des milliardaires illuminés prêts à s’envoler pour Sirius avec leur harem.

Le polar angelin a la particularité d’être toujours un peu hermétique. Under the Silver Lake plus que les autres. A trop multiplier les pistes, à trop faire le malin, le réalisateur s’emmêle les pinceaux. On oublie l’enjeu de la fille disparue, on renonce à comprendre, sans colère parce que le spectacle, d’une esthétique extrêmement léchée, est amusant ou intrigant. Le point culminant du film est atteint lorsque Sam débusque dans son Xanadu un vieux pianiste, le démiurge cynique qui a composé toutes les mélodies du rock’n’roll ayant fait croire à cinq générations de jeunes qu’ils étaient des rebelles…

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