Le poche de la semaine

«Deux hommes furent désignés pour disperser du gaz sarin sur la ligne…»

Genre: Enquête
Qui ? Haruki Murakami
Titre: Underground
Trad. du japonais par Dominique Letellier
Chez qui ? 10/18, 545 p.

C’est une tragédie collective qui, le 20 mars 1995, a ébranlé le Japon lorsque des disciples de la redoutable secte Aum ont répandu du gaz sarin dans le métro de Tokyo, au cours de cinq offensives soigneusement coordonnées. Bilan: 12 morts et des milliers de blessés. Neuf mois après cet attentat, Murakami a décidé de rencontrer ceux qui en furent les témoins ou les victimes. Il a recueilli patiemment leurs propos, en leur laissant le temps de descendre au plus profond de leur désarroi. Réunis dans cet Underground, leurs récits – plus d’une trentaine – montrent à quel point leur vie a été bouleversée, ce jour-là. Mais Murakami a voulu aller plus loin. Dans la seconde partie d’Underground, il donne la parole à certains adeptes de la secte Aum. Pour savoir comment l’endoctrinement et le fanatisme peuvent engendrer des assassins. Et pour mieux autopsier, au-delà de ces aveux, les angoisses d’une société qui a été le théâtre d’une telle dérive. Pourquoi des êtres apparemment ordinaires se laissent-ils embrigader à ce point, en se soumettant à un gourou qui leur impose une discipline féroce et la pire abnégation? Cette interrogation revient tout au long de ces pages où, sans jamais excuser les coupables, Murakami évite tout manichéisme: l’«éruption cauchemardesque» du 20 mars 1995, explique-t-il, a mis en relief toutes les contradictions latentes d’un Japon pressé d’expulser les terroristes «comme des corps étrangers», tout en éludant les questions fondamentales que cet acte barbare pose au pays, au risque d’une possible récidive.

Parti d’un événement qui ressemble à la «boîte noire» de la société nipponne, ce livre ne cesse d’élargir sa focale pour mettre en lumière des maux collectifs et pour esquisser, à force d’écoute, une «tentative de réparation».