Une acoustique en devenir

Charles Dutoit et le Royal Philharmonic Orchestra de Londres étaient conviésà inaugurer le Rosey Concert Hall, à Rolle

L’inauguration d’une nouvelle salle de concerts, c’est toujours un événement. Jeudi soir, Philippe Gudin, directeur de l’institut Le Rosey, et sa fille Marie-Noëlle Gudin ont fait les choses en grand pour accueillir le public dans le Paul & Henri Carnal Hall (ou Rosey Concert Hall) construit sur le campus de la fameuse école privée romande. Un luxueux buffet était offert aux invités et mélomanes, conviés à déambuler dans les divers espaces culturels du bâtiment dessiné par Bernard Tschumi.

A elle seule, l’architecture de la salle (d’une jauge de 900 places) a de quoi surprendre. Les parois en bois composite (qui font penser à du bois de chantier) sont un choix esthétique auquel on peut adhérer ou non. Après les discours de circonstance, le chef lausannois Charles Dutoit et le Royal Philharmonic de Londres ont donné le coup d’envoi avec l’Ouverture Euryanthe de Weber. Une interprétation animée et robuste, à l’entrain jovial.

Evidemment, afin d’évaluer l’acoustique d’une salle, il vaut mieux tester plusieurs places – ce que nous avons fait. Lorsqu’on est assis au premier rang du parterre, comme ce fut le cas pour la première partie du concert, on est frappé par le son très «physique» qui provient des cordes, dense, transparent. Les bois et cuivres, eux, semblent un peu à l’arrière-plan, et la réverbération – quoique palpable – paraît un rien courte. Sitôt qu’on s’installe au milieu du parterre, l’image sonore est très différente. Dans une œuvre comme la 5e Symphonie de Tchaïkovski, les graves résonnent bien (presque trop), mais le son reste un peu du côté de l’estrade. Le plus délicat, ce sont les tutti avec cuivres et timbales. Le son sature dans les nuances forte , et l’on se demande si un orchestre de chambre, comme l’OCL, ne serait pas plus approprié dans une salle à la capacité de 900 places.

Invité à se produire en soliste, le jeune pianiste tessinois Francesco Piemontesi a joué un 1er Concerto de Beethoven aux traits nets et élégants. D’abord un peu sur la réserve, il s’est libéré, tout en restant dans les canons du classicisme viennois. Il y a quelque chose d’Alfred Brendel dans son phrasé, aussi bien dans la cadence du premier mouvement (ample et virtuose!) que dans le «Largo». Le finale est frais, enlevé, teinté d’accents espiègles, avec le thème du «Rondo» finement varié. Le pianiste tessinois a offert un joli extrait du «Thème et variations» de la Sonate K. 284 de Mozart en bis.

Quant à la 5e Symphonie de Tchaïkosvki, Charles Dutoit y développe un phrasé ample, généreux. Le mouvement lent présente de beaux élans expressifs (lyrisme très chaleureux des violoncelles). Dommage que le son de l’orchestre soit trop empesé par moments, notamment dans la coda du finale, là où un geste plus cinglant conférerait sa splendeur radieuse à la musique de Tchaïkovski.