Genre: Roman
Qui ? Richard Russo
Titre: Mohawk
Trad. de l’américain par Jean Esch
Chez qui ? Quai Voltaire, 440 p.

Publié en 1986 aux Etats-Unis, enfin traduit en français, Mohawk est le premier roman de Richard Russo et ce qu’on y découvre, ce sont d’abord des ambiances, celles d’une petite bourgade de l’Etat de New York que l’on retrouvera dans bien d’autres livres de l’Américain: Mohawk, une cité moribonde, autrefois opulente – grâce à l’industrie du cuir – mais désormais frappée par la récession écono­mique. Que trouve-t-on à Mohawk? Des habitants résignés et humiliés, des rues aux trottoirs lézardés, des façades grises, des boutiques aux rideaux baissés, quelques bars, un dancing, des usines désaffectées, un hôpital perché sur une colline et rempli de cancéreux – les anciens ouvriers des tanneries qui firent jadis la prospérité de la région.

Russo décrit magnifiquement ce monde en déclin où se confessent une quinzaine de personnages «contraints de faire du neuf avec du vieux». Harry, le patron du grill, un cœur tendre sous des allures de macho. Mather Grouse, qui connaît tous les secrets de la ville et qui lutte contre un emphysème. Anne, qui a épousé un homme qu’elle n’aimait pas et qui s’est éprise du mari de sa cousine, Dan Wood, cloué à un fauteuil roulant. Wild Bill, un colosse un peu retardé dont se moquent les écoliers. Dallas Younger, qui collectionne les coups fourrés et dilapide son argent au poker. Diana, une fille «usée par la pression constante du sacrifice».

Tandis qu’alternent flash-back et gros plans sur un présent morne, chacun fait son tour de piste en nous prenant par la main sans nous lâcher, dans un roman où il ne se passe rien de spectaculaire mais où l’on découvre le quotidien d’une Amérique vaincue. Dans cette Amérique-là, le temps s’est arrêté à la case «chagrin» et Harry le barman ne prend même plus la peine de changer les dates de son calendrier…