Samedi Culturel: On sent qu'«Une Voix dans la nuit» est autobiographique. Dans quelle mesure?

Armistead Maupin: Oui, ce roman est émotionnellement autobiographique. Je suis parti de ma propre expérience, de mes ruptures avec mes partenaires, de la mort de ma mère, de celle de mes amis, de tous les faits qui ont compté dans ma vie. Quant au héros du livre, Pete, il évoque une expérience téléphonique que j'ai effectivement vécue avec lui mais, après 1992, je n'ai plus eu de traces de ce mystérieux garçon. Je me suis posé des tas de questions à son sujet et, en écrivant Une Voix dans la nuit, j'ai essayé d'imaginer une fin à cette histoire.

On pense à «Vertigo» de Hitchcock. Ce film vous a-t-il influencé?

Oui, ce film a beaucoup de rapports avec San Francisco. Je l'ai vu pour la première fois à l'âge de 14 ans. J'ai été fasciné. Cela a été la plus grande influence artistique de ma vie. J'ai voulu écrire un livre jouant sur la vérité et l'illusion, le vertige et l'errance, dans un contexte de suspense psychologique.

La littérature homosexuelle est souvent enfermée dans un petit ghetto. Vos livres, au contraire, sont très populaires. Comment l'expliquez-vous?

Je crois que le cœur est le même pour tout le monde. C'est pourquoi j'ai toujours cherché à écrire pour tous les publics et pas seulement pour un lectorat homosexuel. Si mes livres ont du succès, c'est peut-être parce qu'ils expliquent comment fonctionnent les nouvelles familles urbaines recomposées, avec les amants et les ex-amants, les femmes et les ex-femmes, la valse des amis. De nos jours, le monde est très compliqué et les gens ont besoin de former une tribu qui puisse les soutenir, les rassurer, les aimer. La famille conventionnelle tend à disparaître, c'est ce que j'ai raconté dans Les Chroniques de San Francisco. Je croyais que cela ne concernait que cette ville, j'avais tort, c'est un phénomène beaucoup plus large.

Pensez-vous que l'écrivain doive tout révéler de sa vie privée?

C'est une question difficile. J'ai une vision heureuse de l'homosexualité et j'éprouve beaucoup de joie à être tel que je suis. Je pense que cela transparaît dans Une Voix dans la nuit et que n'importe qui peut le comprendre. Quant à savoir si je dois absolument tout dévoiler de ma vie privée, je pense que non: je garde pour moi certains secrets mais, en revanche, je cherche à faire partager mes émotions à mes lecteurs. Si je parle ouvertement de mon expérience, c'est aussi pour aider certains jeunes homosexuels qui souffrent encore de se sentir seuls.