Un classique de la bédé peut devenir une arme de résistance. Après Facebook et Twitter, deux jeunes Iraniens exilés, Payman et Sina, ont choisi une façon originale de faire passer le message de la dissidence anti-Ahmadinejad sur la toile: une réécriture de Persépolis, la célèbre bande dessinée de la Franco-iranienne, Marjane Satrapi.

Baptisé Persepolis 2.0, et téléchargeable sur le site spreadpersepolis.com, la version 2009 détourne les dessins noirs et blancs du best-seller de Satrapi, avec l’accord de l’intéressée. Sur une dizaine de planches en anglais, ce «remake» retrace les récents événements du «printemps de Téhéran»: de l’espoir suscité par la campagne électorale à la colère et l’indignation face à la réélection de Mahmoud Ahmadinejad et la répression sanglante des manifestations. On y retrouve bien sûr les réseaux sociaux comme Facebook et Twitter qui ont joué un rôle important dans les mouvements de contestation de juin dernier. Le récit s’achève sur la mort de la jeune Neda, moment dramatique relayé il y a quelques semaines par les médias internationaux.

Payman et Sina ont expliqué au quotidien anglais The Guardian que la bande dessinée de Marjane Satrapi représente à leurs yeux «l’œuvre emblématique de leur génération en Iran». Ce «roman graphique», publié en quatre tomes au début des années 2000, racontait sur un ton doux-amer très personnel, l’enfance de la dessinatrice dans le Téhéran de la révolution islamique de 1979, puis son adolescence en exil. Censurée en Iran, la série avait connu un très grand succès international et avait été adaptée au cinéma en 2007.

D’une révolution à l’autre, une forme d’hommage militant que ses créateurs appellent à partager à l’aide des différents outils du Web participatif et qu’ils prévoient de traduire dans d’autres langues, dont le français, l’arabe et le persan.