L'opérette a la cote depuis que les directeurs d'opéra reconnaissent à Offenbach un rang qui dépasse celui de simple amuseur. Son génie? Avoir diverti le Second Empire en exhibant ses travers. Avoir fait ovationner des ouvrages dont le vernis recouvre à peine le vitriol. Voici donc que le très sérieux Festival d'Aix-en-Provence présente une Belle Hélène coproduite avec le non moins auguste Festival de Salzbourg. Et qu'il la confie à l'expert Herbert Wernicke. Lequel, entre deux ouvrages de Haendel ou Wagner, met en scène les œuvres de Strauss, Lehar ou Offenbach avec autant de soin qu'un opéra sans suffixe.

Comme il se doit en pareil lieu, on a multiplié les signes extérieurs d'intelligence. Par exemple en prenant la partition pour un matériau que l'on remodèle pour mieux mettre en relief ses aspérités, à l'instar de Marthaler dans sa récente Vie parisienne. Cet «Helena-Material» a ainsi été retaillé à la mesure de 14 musiciens et 12 chanteurs que Stéphane Petitjean dirige du piano. La nouvelle orchestration d'Olivier Kaspar ose des couleurs crues, teintes jazzistiques ou éclaboussures hispanisantes. Elle va jusqu'à modifier l'harmonie afin de faire briller le rêve d'Hélène comme une robe à paillettes.

Ces manipulations, Wernicke s'efforce de les justifier dramaturgiquement. Dans un salon ovale et néoclassique où se télescopent l'Antiquité, le Second Empire et l'Aujourd'hui, les rois de la Grèce (des chefs d'Etat du G8 en goguette) sont venus tuer le temps. L'absurdité de ce colloque et la réitération surréaliste de certaines scènes souligne habilement l'absence d'action du livret. On s'ennuie à Sparte. A tel point que Pâris enlèvera sans peine la bourgeoise Hélène, donnant aux Grecs un bon prétexte pour partir en guerre. Tact, simplicité et cohérence: jusqu'ici, les signes extérieurs d'intelligence tiennent leurs promesses.

Mais le traitement théâtral, tout ce qui relève de l'artisanat, de l'instinct théâtral et non plus du cerveau droit, ruine ces si beaux fondements: le rythme cahotant de la soirée, le redécoupage confus du livret, la prononciation désastreuse des chanteurs et l'abus d'idées faciles (Ménélas poussé dans sa piscine, Oreste en moto se trémoussant avec ses girls) transforment le concept intelligent en spectacle dégingandé.

La direction de Petitjean, raffinée mais trop éprise d'effets, et la distribution y sont aussi pour quelque chose. Pourquoi engager des voix d'opéra comme Dale Duesing (Ménélas) ou Viktor Braun (Agamemnon) quand ils s'étranglent dans des rôles demandant une tout autre dextérité avec la langue française? Ne peut-on trouver Pâris plus piquant qu'Alexandru Badea? Seule l'Hélène de Nora Gubisch impose une diction et des apprêts vocaux à la hauteur d'une musique dont le Festival d'Aix vérifie, à ses dépens, la difficulté d'exécution. Et de représentation.

La Belle Hélène, Aix-en-Provence les 17, 20, 23, 24, 27 et 29 juillet, tél. 00334/42 17 34 34.