Jared Diamond, dans son livre De l'Inégalité parmi les sociétés, renouvelle sur le mode scientifique la vieille question rousseauiste du discours sur l'inégalité. Yali, un Néo-Guinéen de ses amis se demande pourquoi la richesse et la puissance dans le monde moderne sont distribuées ainsi et pas autrement, ou plus précisément pourquoi l'humanité ne s'est pas développée au même rythme sur les différents continents. Ces questions sont tout à la fois naïves et insolubles, mais finalement d'une grande actualité dans notre monde «globalisé» qui ne laisse pas de créer des inégalités. Avec un courage qui force l'admiration, Diamond est parti à la quête d'explications, depuis les biologiques et génétiques jusqu'aux technologiques, en passant par les psychologiques.

Finalement, il a particulièrement étudié les explications en liaison avec le milieu, le moment et la densité. Ces trois éléments sonnent un peu comme la vieille théorie de Taine (milieu, moment et race) et l'on pourrait être tenté de parler d'une vision assez déterministe, mais on serait injuste car ses analyses de la domestication végétale et animale sont assez convaincantes pour entraîner une adhésion au moins partielle à beaucoup de ses conclusions.

Il développe, en particulier, une idée extrêmement intéressante sur les grands axes continentaux, ceux des Amériques et de l'Afrique, qui sont nord-sud, et celui de l'Eurasie, qui est orienté est-ouest. Selon lui, la propagation de la production alimentaire a été beaucoup plus rapide d'est en ouest que du nord au sud. En effet, l'axe nord-sud traverse des écosystèmes, voire des biomes, très différents qui limitent beaucoup pour des raisons climatiques, entre autres, la propagation des plantes et des animaux. En revanche, l'axe est-ouest favorise, puisqu'on demeure dans des latitudes assez semblables, cette même propagation. La diffusion et la migration, dont les rythmes sont importants à prendre en compte, apportent une contribution au développement des sociétés. Sans négliger les facteurs culturels, comme l'écriture et les types de sociétés, Diamond appuie souvent ses démonstrations sur une analyse astucieuse des facteurs géographiques.

A le lire, on se demande si les géographes, par crainte d'être accusés de déterminisme, n'ont pas trop oublié de repenser d'une manière renouvelée les caractères physiques du globe. En tout cas, Diamond leur donne, dans le bon sens du terme, une belle leçon qui devrait les encourager à persévérer dans leurs études.