Musique

Une bénédiction urbi et Morby

Le jeune guitariste américain Kevin Morby sort en juin son quatrième album depuis 2013. Sans aucun doute le plus abouti

A-t-on vraiment failli le perdre en 2010? Au retour d’une tournée avec The Babies, son groupe d’alors, Kevin Morby se retrouve avec 1000 dollars en poche. De quoi assurer trois mois de son loyer à New York, et peut-être passer à une activité plus sérieuse. Mais il décide plutôt de tout claquer dans une belle guitare: «C’était une façon de me coller un Post-it sur le front qui disait: quoi qu’il arrive, tu vas faire de la musique, parce que tu viens de t’acheter ce magnifique instrument!» Il a rudement bien fait: après une formation express avec son premier groupe puis comme bassiste au sein des très respectés Woods, il explose en solo.

Kevin Morby en est à quatre albums depuis 2013, et c’est assez facile de comprendre pourquoi: trop de créativité en lui, trop de chansons qui touchent à chaque envoi, impossible de les garder dans un coin de mémoire ou sous le tapis.

Il aime sa guitare au point de l’avoir appelée Dorothy, du nom de sa grand-mère. «Dorothy», c’est aussi un extrait de l’album Singing Saw (2016), qui l’a vu planer à un niveau quasi inaccessible pour la majorité de ses confrères. Il remet ça ce mois de juin avec City Music, un chouia plus minimaliste que les précédents, mais encore plus efficace. On trouve toujours un morceau à sept minutes ou plus dans ses albums, en général les plus possédés, et qui portent le nom de l’opus. C’est encore le cas ici avec «City Music», donc, un hommage à New York, ville qui le fascine et le dépasse: «Quand je vis ici, je bois plus, je fume plus, et je ne dors pas.» C’est sans doute pour ça qu’il a déménagé à Los Angeles.

Crises d’angoisse

Kevin Morby a l’air super cool au premier coup d’œil, mais il raconte une histoire qui dit l’inverse. Secoué par moult attaques de panique vers ses 16 ans, il s’est vu gavé de Xanax par un médecin incompétent, avant d’en avoir marre d’être amorphe toute la journée. Il a arrêté de lui-même, a développé une aversion instinctive pour les drogues, et doit aujourd’hui composer avec ses crises d’angoisse. Il y arrive plutôt bien, même s’il confesse avoir «mille pensées dans la tête à chaque seconde». Il avoue également une vraie passion pour les «voix qui traînent», notamment celle de Bill Callahan, désespérément silencieux depuis quatre ans. Une admiration sincère qui lui indique la direction à prendre: son présent est déjà merveilleux, mais le futur s’annonce encore plus brillant.


Kevin Morby, «City Music» (Dead Oceans). En concert le 4 juillet au Montreux Jazz Festival (Jazz Lab) et le 5 à Guin (Bad Bonn).

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