Alors, cette soirée pour les 20 ans du festival? Où était la «party» qui devait mousser à grosses bulles? On savait qu’il y aurait une «surprise», avec les multiples stars du festival, mais le secret a été gardé jusqu’à la dernière minute. Laurence Ferrari (épouse du violoniste Renaud Capuçon) et le baryton-basse Thomas Quasthoff étaient appelés à animer cette «big soirée» dimanche, qui n’a pas rempli toutes ses promesses.

D’abord le ton était trop sérieux. Laurence Ferrari, qui s’adresse en français à l’audience, et Thomas Quasthoff, qui parle en anglais, sont des bonimenteurs sages et appliqués (le comble quand on sait combien Quasthoff peut être drôle et persifleur!). Ils annoncent les artistes se succédant sur le plateau tout en vantant les vertus du festival (rencontres inédites, etc.) sans l’humour qu’on est en droit d’attendre. Leur script paraît terriblement policé, on dirait une auto-promotion du festival assez complaisante.

Soirée en deux temps

Côté musique, la soirée se passe en deux temps. En première partie, des stars du festival jouent des pièces de musique de chambre. Comme toujours, certaines associations de musiciens fonctionnent mieux que d’autres. On apprécie la «rencontre inédite» (une première, effectivement!) entre Evgeny Kissin, Renaud et Gautier Capuçon dans un beau mouvement lent du 1er Trio de Schubert. Plus étonnant encore: Menahem Pressler, 89 ans, avec le Quatuor Ebène dans le mouvement lent du Quintette Opus 81 de Dvorák. Trésors de nuances, douce mélancolie.

En seconde partie, Laurence Ferrari et Thomas Quasthoff dévoilent enfin la «surprise»: soit les 24 Préludes de Chopin de l’Opus 28 joués par une pléiade de stars dans des transcriptions signées Dmitry Sitkovetsky – certains «Préludes» étant joués au piano seul. Afin d’assurer une continuité sans interruption, le plateau est divisé en deux scènes, l’une à droite, l’autre à gauche. L’effet de surprise tient au fait qu’à chaque nouveau «Prélude», surgit de la pénombre un nouveau duo d’artistes ou un pianiste seul.

L’ennui, c’est que les Préludes de Chopin est une œuvre essentiellement pianistique. Les transcriptions de Sitkovetsky, aussi habiles soient-elles, n’apportent rien d’essentiel. ­Elles tendent à affadir le discours, car lorsque la ligne mélodique est jouée au violon ou à l’alto, ce qui semblait si éloquent au piano paraît un peu sentimental et mièvre. Une fausse bonne idée, permettant toutefois d’apprécier des artistes (très!) diversement inspirés.

Il ne manquait plus qu’à Martin Engstroem, directeur du festival, à lever des coupes de champagne à la fin du concert, entouré de ses musiciens favoris sur la scène. Clic-clac: photo de famille du festival.