L’énigmatique titre chinois signifierait Le Choix du ciel , le plus clair titre international, A Touch of Sin, Une Pointe de péché – en référence au classique A Touch of Zen de King Hu, père du film d’arts martiaux. Dans le cinéma hautement réaliste et moral de Jia Zhang-Ke (Platform, The World, Still Life), voilà qui promettait du changement! Jusqu’ici trop peu spectaculaire pour intéresser nos distributeurs, le principal auteur de Chine continentale aurait-il opéré une volte-face pour cette exploration de la violence actuelle dans son pays?

En fait, sa référence au cinéma d’action n’a que très peu affecté son style mesuré dans ce film en quatre parties tourné dans quatre régions différentes, même si on y assiste à des crimes inaccoutumés. Dans la première, on voit ainsi un mineur du Shanxi (nord) dégommer les profiteurs après avoir vainement tenté de les dénoncer. Puis un travailleur migrant rentré à Chongquing (sud-ouest) compense l’effritement familial par l’usage de son arme à feu. Une réceptionniste d’un salon de massage à Hubei (centre) explose sous l’humiliation d’un client arrogant. Enfin, un jeune homme arrive à Dongguan (sud-est) pour y trouver du travail, tombe amoureux et finit par se suicider…

Vision désenchantée

Passant d’un récit à l’autre par de subtiles bifurcations, Jia Zhang-Ke brosse un vaste tableau dans lequel il s’agit toujours de débusquer une violence sociale sous-jacente, aggravée depuis le passage à l’économie capitaliste. Entre une certaine bouffonnerie du début et l’amertume finale, la vision désenchantée du cinéaste produit pourtant de vraies beautés. En particulier sa muse Zhao Tao, jamais aussi bien filmée. Et si un prix cannois pouvait décrisper une censure qui a bizarrement laissé passer ce regard très critique?