Genre: Polar
Qui ? Francesco De Filippo
Titre: L’Offense
Trad. de l’italien par Serge Quadruppani
Chez qui ? Métailié, 240 p.

Le piège. A Naples, Gennaro tente de nourrir femme et gamins. Il n’est pas bête; plutôt du genre fruste. Peu éclairé, en somme. Et justement, il va vivre une lente descente dans les ténèbres, à mesure qu’il pensera, au contraire – tout au moins dans les premiers temps –, atteindre la lumière.

Car la Camorra met la main sur Gennaro, on ne sait trop pourquoi. Sans doute Don Rafaele, le parrain local, a-t-il besoin d’un énième homme de paille. Gennaro, qui vivotait jusqu’ici en faisant le livreur, se retrouve propulsé à la tête d’une maison de production musicale dont il ne sait rien. Il suffit juste de signer des papiers et faire entrer de l’argent à la provenance évidemment douteuse.

Puis Gennaro prend du galon. Parce qu’il est loyal. Parce qu’il ne contrarie pas trop Paolino, son chaperon, bien plus psychopathe que brigand. Le héros rustique est chargé de l’encadrement des mules qui passent la cocaïne dans leurs sachets absorbés, il fricote avec des prostituées, il donne même dans d’épouvantables règlements de comptes, sans aucun motif fondé, orchestrés par Paolino. Gennaro a le nez dans la poudre, les yeux embués, la vie toujours plus vitreuse. La famille part en vrille, et son nouveau monde, d’abord trépidant et plein de paillettes, s’écroule peu à peu.

Journaliste à l’agence de presse nationale Ansa, Francesco De Filippo, dont c’est le deuxième roman traduit, propose une chronique glaçante, qui se démarque des romans de mafia par l’originalité de la trajectoire de son personnage. Une succession de scènes, parfois éprouvantes, déroulant la chute de son protagoniste – rattrapé en fin de course, comme pour ne pas en rester là.

Surtout, l’auteur opère un impressionnant travail sur la langue, essayant à chaque instant de restituer un parler napolitain. Un défi pour le traducteur Serge Quadruppani, toutefois familier de l’exercice. Ce grand passeur du polar italien en terres francophones prend le texte de Francesco De Filippo comme matière brute – c’est le cas de le dire –, restituant paroles brusques et pensée confuse de Gennaro en un français de roc. Il n’hésite pas, à chaque page, à garder certains termes napolitains initiaux, quitte à en glisser brièvement la traduction.

Il en résulte un effet de redondance par le choc de trois langues, le phrasé du héros, le dialecte initial et le français recomposant les deux premiers, qui donne au roman une grande richesse. Une mise en scène linguistique, par-dessus la violence de l’intrigue, et la brutalité du milieu décrit.