Cinéma

«Une cloche pour Ursli»: un Heimatfilm bien helvétique pour les petits

La Suisse est belle et assez hollywoodienne dans cette pimpante adaptation d'un conte pour enfants. Gros succès en Suisse alémanique

A l'heure où l'on distribue aux gamins du village les cloches qu'ils agiteront à la Chalandamarz, le joyeux charivari qui chasse l'hiver, Ursli se voit attribuer une clochette ridicule. Piqué au vif, la garçonnet à bonnet pointu brave neige, nuit et précipices pour aller chercher un énorme toupin dans le chalet d’alpage. Bref récit d'apprentissage fort prisé en Suisse alémanique, Une cloche pour Ursli (Schellen-Ursli, 1945), écrit par Selina Chönz et illustré par Alois Carigiet, compte quarante pages: vingt splendides dessins aquarellés en regard de courts textes narratifs.

Cette délicate œuvre grisonne est portée à l'écran, par Xavier Koller. Ce cinéaste schwytzois a réalisé un sombre drame paysan (Der Schwarze Tanner), puis un émouvant film sur l’émigration (Die Reise der Hoffnung) qui lui a valu un oscar et un ticket pour Hollywood. Il y a signé des séries B comme Ring of Fire, avec Kiefer Sutherland. De retour en Suisse, il se spécialise dans le Heimatfilm. Après Eine wen iig, dr Dällebach Kari, consacré au Oin-Oin bernois, il tire d'Une cloche pour Ursli un film beau comme un dimanche à Ballenberg.

Transposé tel quel à l'écran, le livre aurait engendré un film de moins de dix minutes. Pour en faire un long-métrage, il a fallu truffer le récit originel d'inventions, rajouter des personnages, des animaux, des sous-intrigues, des explications qui le transforment en une monstrueuse pâtisserie hollywoodienne. Uorsin (c'est le vrai nom grison d'Ursli) fait paître ses sept chèvres. Il parle avec les animaux, surtout avec le loup qu'il tient à distance de son troupeau par la force de ses discours. Avec la petite Seraina, qui lui offre son bonnet bleu emblématique, il forme un couple aussi chouette que celui de Peter et Heidi. S’il vit dans un passé idyllique, Ursli s’affirme comme un kid contemporain qui répond à ses parents.

Fromages volés

Lors de la désalpe, la carriole tombe dans un précipice et avec elle tout la production estivale de foin et de fromage. Le papa d'Ursli pleure, mais l'épicier est ravi: il récupère les meules dans la rivière où il taquinait la truite. C'est tout bénéf'! Il va se faire du lard tandis que la famille d'Ursli se fait du mouron. Roux et gras comme il sied aux vilains, le commerçant cupide est affublé d'un rejeton odieux qui réussit à s'approprier la chèvre préférée d'Ursli, et à faire main basse sur la plus grosse cloche.

Ces sales affaires engendrent une enquête façon Club des Cinq dans la cave du voleur de fromages, agrémentée d’anesthésies à la valériane (!), et la fameuse expédition d'Ursli sur l'alpe. Elle provoque une avalanche et des soucis: Ursli est-il enseveli sous la neige? Mais non, le voici dans le matin plein de lumière qui dévale la pente poudreuse assis à califourchon sur le toupin royal, tel un Goonie spielbergien! Alors l’épicier vient à résipiscence et tout le village chante en chœur devant la maison du glorieux Ursli.

Cette niaiserie ripolinée est le succès 2015 du cinéma suisse avec 250 000 spectateurs alémaniques. Il est probable que le le public de Suisse romande, où Ursli n’est pas très connu, se montre moins réceptif. Par surcroît, le film pâtit d'un doublage exécrable.

Une cloche pour Ursli (Schellen Ursli), de Xavier Koller (Suisse, 2015), avec Jonas Hartmann, Julia Jeker, Marcus Signer, Leonardo Nigro, 1h40.

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