Sandrine Fabbri, Soleure

Cela ne se passe ni à New York, ni à Londres, ni même à Zurich ou à Genève, mais dans la petite ville de Soleure. Là seront exposées et vendues dès dimanche prochain 43 œuvres signées Marc Chagall qui n'avaient jamais été présentées au public. Cet événement se déroule dans un cadre que n'aurait sans doute pas renié le peintre lui-même: le Müllerhof, ancien manoir du XVIe siècle au charme rural qui a appartenu à une famille de collectionneurs et mécènes, les Müller. C'est en septembre 1997 que les galeristes Kurt Schaer et Karin Wildbolz se sont installés dans cet endroit bucolique, pour se consacrer plus particulièrement aux artistes contemporains vivants, tels Trento Longaretti et Sami Briss. Aujourd'hui, ils présentent donc 43 peintures à l'huile, dessins et lithographies réalisés par l'artiste d'origine juive russe entre 1950 et 1982, Chagall étant mort en 1985 à l'âge de 97 ans. L'ensemble atteint une valeur de 14,635 millions de francs, la toile la plus chère étant L'Âne bleu (1,08 million), la moins chère, La Bénédiction, étant vendue 130 000 francs. Des huiles aux dessins – de petits formats – on retrouve les thèmes qui ont fait le succès d'un artiste resté fidèle à lui-même tout au long de sa carrière: scènes rurales et religieuses, vues parisiennes, clowns et musiciens, villages russes, couples de fiancés volants.

Comment Kurt Schaer est-il arrivé à cette collection léguée à la famille de Chagall et dont la plupart des œuvres avaient appartenu à sa veuve Valentine, décédée en 1993? Le galeriste raconte avoir mis plus d'une année pour l'obtenir. L'idée lui en est venue en septembre 1997. A ce moment-là, il inaugurait sa Galerie Müllerhof en vendant, parmi d'autres, un tableau de Chagall au prix fort, le tableau étant passé par plusieurs stations intermédiaires. Kurt Schaer s'est alors renseigné dans le milieu de l'art afin de trouver une voie qui lui permette d'obtenir directement des œuvres. Il est finalement remonté à l'intermédiaire qui représente les intérêts de Michel Brodsky, frère de Valentine. Ce dernier a mis plusieurs mois avant d'entrer en matière, niant au début gérer des œuvres de Chagall. Finalement, il s'est rendu à Soleure, a rencontré le galeriste et s'est dit prêt à faire vendre la collection. «Je savais que cela créerait une sensation, commente Kurt Schaer. J'ai pu acheter les œuvres grâce au soutien financier d'amis. Je les vends au prix moyen de 300 000 francs en n'ayant aucune peur: les amateurs de Chagall sont nombreux, surtout en Suisse.»

Succès assuré

De fait, le galeriste, avant même l'ouverture de l'exposition, a déjà vendu cinq toiles. Utilisant les médias traditionnels et Internet, l'homme a axé sa publicité sur les Etats-Unis, l'Allemagne, l'Angleterre, la France, l'Italie et bien sûr la Suisse. Le galeriste bernois Eberhard W. Kornfeld a lui quelques objections quant à la valeur de ces œuvres, arguant du fait qu'elles datent de la dernière période, moment où Chagall – poussé entre autres par sa femme – produisait beaucoup, vite et sans plus d'originalité. Il relève également que si elles font partie de la succession, c'est qu'elles n'ont pas pu être vendues du vivant de l'artiste… «Picasso a lui aussi énormément produit, répond Kurt Schaer, ce n'est pas un argument. Et Kornfeld n'a pas vu les tableaux que je vends: il ne peut pas les juger.»

Le galeriste de Soleure, s'il est un amoureux de Chagall, ne renie pas sa qualité de marchand. Ainsi, il a imaginé installer dans sa cour un Chagallstube où l'on vend du thé, «parce que c'est la boisson que la famille de l'artiste offrait, en Russie, à ses invités». Comme une façon de faire patienter – en les réchauffant – les visiteurs et les acheteurs qu'il espère nombreux.

«Marc Chagall», exposition-vente de 43 huiles et dessins. Galerie Schaer und Wildbolz, Sankt Niklausstrasse 5 (Müllerhof), Soleure, du 17 janvier au 25 avril,

du mercredi au vendredi de 16 h à 20 h, le samedi de 14 h à 18 h, le dimanche de 11h à 18h.

Tél. 032/ 623 24 23.