Le titre sonne comme une provocation. Le 7 mars prochain, les Editions 10/18 lancent la collection: «Le monde expliqué aux vieux», en collaboration avec la revue Usbek & Rica. Des essais d’une centaine de pages, au format poche et à la couverture graphique et acidulée.

«Les Editions 10/18 souhaitaient revenir aux textes d’analyse qui avaient marqué leur lancement il y a cinquante ans. Le magazine Usbek & Rica s’intéresse lui à l’exploration du futur. Nous nous sommes retrouvés sur cette problématique d’expliquer le monde à venir», note Jérôme Ruskin, directeur du trimestriel.

Quatre titres inaugurent la formule: Facebook, Lady Gaga, La Solitude et La Violence. Deux autres sortiront en octobre – Le Vintage et Les Jeux vidéo – puis la parution devrait se stabiliser à quatre nouveautés par année. La liste de sujets est déjà longue mais les éditeurs refusent d’en donner plus pour l’instant. «Il s’agira toujours d’objets de culture populaire ou de phénomènes théoriques que nous essayerons de décrypter», se contente de souligner Jérôme Ruskin. Les auteurs, âgés de 25 à 35 ans environ, sont pour l’instant recrutés parmi les journalistes collaborant régulièrement avec le magazine Usbek & Rica.

Et le public cible? Est-il à chercher dans les réfectoires des ­maisons de retraite, parmi les quinquagénaires curieux d’apprendre ou peut-être les parents démodés d’adolescents rail­leurs? La collection se veut beaucoup plus démocratique que cela; l’astérisque accolé au titre précise: «On est tous le vieux de quelqu’un». «Nous ne nous adressons pas spécifiquement aux vieux – enfin tout dépend de ce que l’on entend par vieux – mais aux personnes larguées par un phénomène. Par exemple, j’ai 29 ans et je ne comprends vraiment pas l’engouement pour Lady Gaga. Ces livres proposent donc une remise à niveau à petit prix, pour tous ceux qui estiment en avoir besoin», argue Jérôme Ruskin.

Les numéros dédiés à Facebook ou Lady Gaga offrent en effet une bonne présentation du sujet, mêlant portraits, historique, recettes marketing et points de vue extérieurs. Un rapide tour d’horizon dans une écriture accessible.

La solitude ou la violence, problématiques majeures et colossales, apparaissent plus difficiles à cerner aussi brièvement. L’impression de fourre-tout un peu décousu, et parfois émaillé de poncifs, est inévitable. L’ouvrage sur la solitude, ainsi, saute des sites de rencontre en ligne à la masturbation, en passant par les vieillards décédés durant la canicule ou le covoiturage. Celui sur la violence évoque les conflits armés, les débats politiciens, la violence urbaine ou symbolique. On a l’impression d’un survol néanmoins intéressant de l’Occident contemporain, qui pourrait donner une idée du début du XXIe siècle aux générations futures, plutôt que servir de support de connaissance aux habitants de cette société même. «La question qui sous-tend ces textes plus généraux est la suivante: «Etait-ce vraiment mieux avant?» commente Jérôme Ruskin. La collection n’y répond pas totalement. Mais c’est souvent ce qu’affirment les vieux.

Facebook, Fabien Benoît. Lady Gaga, Stéphane Loignon. La Solitude, Anne de Malleray. La Violence, Cécile Collette. Collection «Le monde expliqué aux vieux», Editions 10/18, en collaboration avec «Usbek & Rica». En librairie dès le 7 mars en France et le 13 mars en Suisse.

«J’ai 29 ans et je ne comprends vraiment pas l’engouement pour Lady Gaga. Ce livre s’adresse aussi à moi»