Parfois c'est l'une qui gagne, parfois c'est l'autre. Les vénérables maisons de ventes aux enchères, nées toutes deux à Londres, Sotheby's en 1744, Christie's en 1766, se tiennent compagnie et rivalisent depuis toujours. Le temps n'est plus où s'y vendaient quelques lots de livres ou de mobilier rare pour une poignée de livres anglaises seulement. L'une et l'autre sont devenues des entreprises de dimensions considérables, des «global players» (acteurs globaux) sur le marché international de l'art entendu au sens le plus large, qui englobe les grands crus et les splendides manoirs en passant, évidemment, par les œuvres d'art, des plus anciennes aux plus contemporaines. Genève faisant office, pour l'une et pour l'autre maison, de centre névralgique du domaine des bijoux, des montres et des vins.

Sotheby's possède plus de cent bureaux dans le monde, Christie's suit de près; l'une et l'autre organisent plusieurs centaines de ventes aux enchères par an dans toutes les catégories imaginables des beaux-arts et arts décoratifs, photographie ancienne et contemporaine, automobiles, pièces d'aviation et toutes sortes de pièces de design comprises. Ce faisant, elles brassent des milliards. L'an passé, Christie's a surpassé d'une bonne longueur Sotheby's dont les résultats pour 2006 seront annoncés aujourd'hui. Le total mondial des ventes de Christie's s'est élevé à 5,69 milliards de francs - 5,37 si l'on excepte les ventes de gré à gré ou ventes privées. De son côté, Sotheby's annonce sur son site un total mondial de 4,46 milliards de francs.

Certes, ces résultats demandent une analyse fine par région géographique et par secteur d'activité. Sotheby's a également connu et tout récemment encore des années brillantes; aussi, dans cette très ancienne course-poursuite, le dernier mot n'est-il jamais dit. Il existe une différence de taille entre les deux entreprises qui induit certainement des rythmes différents: en 1977, Sotheby's a choisi d'entrer en Bourse avec les avantages financiers et les contraintes en matière de transparence que cela entraîne. Christie's obéit à une tout autre structure et possède un actionnaire principal de poids en la personne de l'homme d'affaires François Pinault, cinquième fortune de France et grand amateur d'art contemporain dont la collection personnelle loge actuellement au palais Grassi à Venise.