Devant Light!, on se sent comme le passager d'un train fantôme, grisé d'effroi, pressé d'être piégé, dans l'attente du guet-apens visuel qui suivra. Toute l'épouvante de l'enfance dans un ballet d'ombres. La danseuse belge Nicole Mossoux, un nom qui compte en Belgique, épouse la nuit jusqu'à s'y fondre sur la scène nue de la Salle des Eaux-Vives à Genève. Elle se découpe en menus morceaux, tronçonnée par des lames de lumière, victime de la malice de son compatriote Patrick Bonté, qui orchestre les apparitions et l'accompagne depuis une quinzaine d'années. On est souvent saisi, captif de ténèbres qui empruntent à Alfred Hitchcock ses pulsions meurtrières sous la douche, à Emily Brontë et aux Hauts de Hurlevent leurs landes promises au crime. Plaisir romantique et gothique.

Light! pourrait n'être qu'un exercice de style inspiré, une anthologie de tout ce qui fait peur au cinéma, dans la peinture ou dans la poésie la plus hallucinée, celle du Festin nu de William Burroughs. Tantôt icône dévalant des escaliers vertigineux, tantôt héroïne en fuite d'un tableau de maître, Nicole Mossoux combat les monstres qui se projettent sur la toile du fond, un crabe aux pinces criminelles ou le loup du Chaperon rouge. Cette admiratrice de David Lynch est dans le vestiaire de la conscience, chahutée par un gong ou par des cordes promptes à semer l'inquiétude. Elle est surtout au cœur d'un bestiaire où grognent, indomptées, des créatures qui sont nos doubles.

Sous ses airs sophistiqués, Light! touche à ce qu'il y a de plus profond en chacun: la terreur du premier jour peut-être, la peur de soi aussi que connaissent les enfants, mais pas seulement. D'emblée dans le spectacle, Nicole Mossoux voit s'abattre sur elle une ombre géante, un loup-garou. Plus tard, vers la fin, elle paraîtra s'autodétruire, corps évanoui, tête sonnant dans le vide, comme le battant fou d'une cloche. Elle semble alors possédée, exultant d'être violentée. Puis, il n'y aura plus qu'un masque de chair sur fond noir, chair mouvante et informe. Ce qui s'incarne ici, c'est la force de mort à l'œuvre en chacun, l'obsession de la fosse fatale. La prouesse technologique dévoile sa vraie fonction: c'est un antidote. Comme une consolation.

Light, Genève, Salle des Eaux-Vives, 82-84, rue des Eaux-Vives, jusqu'au 14 novembre (loc. 022 320 06 06).