Laurent Schweizer

Naso lituratus

Actes Sud, coll. Générations, 238 p.

Curieux titre pour un étrange premier roman. Naso lituratus est le nom d'un poisson exotique à l'œil gansé d'or, dont le narrateur Carl a fait l'emplette après une séance de photographie dans la piscine d'un hôtel. La seule raison de son intérêt pour la photographie, ce sont les couleurs dont il exagère au tirage la densité jusqu'à saturation. Aquarium, baignoire, piscines, étang, pluie, plage au bord de la mer: l'eau et les métaphores qui lui sont associées jouent un grand rôle dans ce récit d'une dérive psychique et mentale, annoncée par la rupture du narrateur d'avec son psychiatre. Elle prend véritablement corps avec la disparition presque simultanée du poisson, jeté dans la cuvette des waters, et de Zooey, la jeune modèle qui a posé pour Carl et qui se noie mystérieusement.

La seconde partie du récit se concentre sur la clinique psychiatrique où le narrateur est interné. Assommé de tranquillisants, il laisse d'abord libre cours à sa passivité avant de se mettre à dessiner fébrilement des animaux marins aux craies de couleur – dessins qu'il se refuse à commenter et qui seront exposés sans son adhésion dans une galerie à la mode. Une tentative d'échapper à sa condition asilaire s'achèvera sur le retour volontaire du narrateur à la clinique. L'écriture froide et distanciée de l'auteur, un juriste genevois de 34 ans, restitue de manière convaincante, quasi clinique, l'univers mental chamboulé de Carl et «la vie tribale des asiles».