Laurent Goumarre court à travers l'Europe. Programmateur de Montpellier Danse, c'est lui qui a découvert Gilles Jobin en 1998 dans un festival à Madrid. Depuis, ce critique et producteur à France Culture pose un regard curieux sur cette scène helvétique en effervescence. Propos choisis.

«Je ne crois pas qu'on puisse parler de scène suisse, comme on a pu parler de scène belge. Entre Gilles Jobin, Marco Berrettini etFoofwa d'Imobilité, il n'y a pas de parenté. C'est frappant d'ailleurs: qu'il y ait autant d'esthétiques différentes dans un petit pays comme le vôtre.

»Il y a certes des filiations. Un travail sur le corps qui s'est développé à partir de Gilles Jobin dès le milieu des années 90 et qui s'est poursuivi chez Estelle Héritier et Cindy Van Acker. Ce corps-là était sculptural et organique. Il est devenu hybride et presque monstrueux dans une pièce d'Estelle Héritier. Cindy Van Acker, elle, a tiré l'organicité vers la technologie: lorsqu'elle fixe sur sa chair nue des électrodes reliées à une machine, elle fait en sorte qu'un appareillage technologique révèle un corps organique.

»Ce corps suisse m'a longtemps semblé neutre. Peu érotisé selon les cas. Aujourd'hui, le travail sur la nudité a évolué. Un Gilles Jobin a tendance à abandonner une posture proche de celle du plasticien pour revenir au mouvement. Si vous considérez sa dernière pièce, Steak House, vous constatez qu'il renonce à l'horizontalité, qui était sa marque de fabrique. Il introduit un décor. La verticalité est de retour. Et c'est la danse qui se libère. Votre chance, c'est la diversité. Il n'y a pas de crispation identitaire autour d'une esthétique. S'il y avait une scène suisse, je ne serais pas venu.»