Quel est l'état de santé de la création est-européenne? Ce concept même d'Europe de l'Est est-il encore pertinent, artistiquement parlant? Les créateurs bulgares, polonais ou croates sont-ils condamnés à vendre leur âme – c'est-à-dire leurs visions du monde et les formes qui les figurent – au diable capitaliste? Toutes ces questions sous-tendent la programmation conçue par Markus Luchsinger, Maurici Farré et notre collègue du Temps Sandrine Fabbri. Elles donneront sans doute lieu à des discussions passionnées le week-end du 26 août: des praticiens, un philosophe et le ministre russe de la Culture en personne Mikhaïl Svidkloï (présent le samedi 26) débattront au cours de plusieurs tables rondes des liens entre les arts vivants et le marché.

Mais avant les querelles, place aux plaisirs de la salle. La dizaine de spectacles au programme devraient déjà donner quelques éléments de réponse. Parmi les grands moments attendus, citons d'abord l'adaptation-fleuve des Frères Karamazov de Dostoïevski par le Polonais Krystian Lupa, considéré comme l'un des grands maîtres de son pays (le 25 août pour la première partie, le 26 pour la seconde, intégrale le 27). L'adaptation du chef-d'œuvre de Boulgakov Le Maître et Marguerite par le metteur en scène bulgare Stefan Moscow (du 20 au 22 août) ainsi que son montage Jam session (23 et 24 août) pourraient bien secouer le public. Tout comme le Beckett-songs du Hongrois Lásló Hudi (du 23 au 25 août). Ce metteur en scène vient de présenter au Festival d'Avignon une version très personnelle et dénudée de La Cerisaie de Tchekhov.

A ne pas manquer non plus Le Retour au désert de Bernard-Marie Koltès dans une version croate signée Ivica Buljan. Ou comment une fable inspirée par la guerre d'Algérie résonne dans le contexte balkanique (les 29 et 30 août). Signalons encore, loin des steppes, la présence du génial marionnettiste australien Neville Tranter, qui, après avoir dialogué avec Molière l'année passée au Festival de marionnettes de Neuchâtel, offre à ses admirateurs un tête-à-tête sans doute musclé avec Frankenstein (du 27 au 30 août).

A. Df