Juste après le triomphe de Platée, le Grand Théâtre de Genève enchaîne avec un spectacle susceptible de drainer un large public. La chorégraphe Laura Scozzi a réussi son pari de porter à la scène le chef-d'œuvre de Fellini, La Dolce vita (lire le Samedi culturel du 3 février). Le risque était grand de se laisser écraser par le poids du mythe et la chorégraphe a atteint le plus difficile: une liberté face à l'œuvre originale. Elle a fait des choix tranchés qui peuvent décevoir mais qui, au bout du compte, forment une fresque cohérente et surtout drôle.

Scènes cultes détournées

Laura Scozzi a donc choisi le comique pour traiter deux thèmes du cinéaste: l'idolâtrie religieuse et les femmes, dans leurs rôles d'icônes, qui écrasent l'homme. Quand à la décadence de l'aristocratie romaine cruellement peinte par Fellini, c'est plus son élégance ridicule qui est croquée dans les beaux costumes et décors de Bruno Jouvet et Dominique Pichou. La chorégraphe ne s'est pas attardée sur le versant noir du film, sa charge dépressive personnifiée par Marcello, journaliste des happy few, incarné par Mastroianni. Exit l'errance de l'homme en quête du bonheur, qui ne cesse de buter contre les cadavres de ses désillusions… Mélange de scènes cultes du film détournées avec un humour délectable (Anita Ekberg dans la fontaine de Trevi se trouve face à une sérieuse concurrence…) et d'évocations libres (ces élégantes qui tiennent en laisse des danseurs déguisés en lévrier afghan ou caniche géant; ces pin-up poursuivant comme une meute de fans hystériques un Christ amateur de sauts de chat), le spectacle se savoure pour ses idées visuelles. La danse sert aussi à étirer le sens des images, à le grossir jusqu'au burlesque comme dans la scène très réussie de l'arrivée de la star à l'aéroport. Le Ballet du Grand Théâtre danse, joue et chante avec un plaisir que l'on partage.

Dolce vita, Bâtiment des Forces Motrices/Genève, jusqu'au 17 février. Loc. Billetel.ou 022/418 30 00